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Le prix de la victoire et les ceintures de sécurité : la stratégie de Staline en 1945

Partie 1 Le prix de la victoire : le pays en ruines


La victoire sur l’Allemagne porta l’URSS à un niveau d’influence militaro-politique sans précédent. L’Armée rouge se tenait au cœur de l’Europe, et la sphère d’influence soviétique s’étendait de la Baltique aux Balkans, conséquence directe de l’écrasement du nazisme.

Au prix de millions de vies, elle libéra ces pays, offrant à Staline une opportunité unique de consolider la présence soviétique dans presque tous les États limitrophes. On eût dit que le rêve bolchevique d’une révolution mondiale prenait une consistance réelle. Mais l’histoire en décida autrement.


Au lieu d’exporter la révolution — la reconstruction des décombres. Au lieu de l’incendie mondial — le cap vers la coexistence pacifique. Au lieu de miser sur les mouvements révolutionnaires en Europe — la mise en place d’un système de sécurité qui protégerait le pays d’une nouvelle guerre. Comment et pourquoi le chef de l’État qui avait vaincu le nazisme renonça-t-il à l’utopie révolutionnaire mondiale — et qu’adviendrait-il de ce choix ?


La thèse selon laquelle la victoire aurait ouvert à l’URSS des possibilités illimitées d’expansion appelle une sérieuse correction. En 1945, le pays gisait en ruines. L’ampleur des destructions relevait de la catastrophe nationale :


1 710 villes et bourgs, plus de 73 000 villages rayés de la carte ;

32 000 entreprises industrielles détruites ou pillées ;

65 000 kilomètres de voies ferrées mises hors d’usage ;

25 % de la population du pays se retrouvèrent sans abri ;

Les pertes matérielles représentèrent environ 30 % de la richesse nationale, et dans les territoires occupés, près des deux tiers ;

27 millions de morts et 10 millions de citoyens soviétiques revinrent de la guerre invalides.


À titre de comparaison, les États-Unis, au contraire, accrurent leur PIB de 70 % entre 1939 et 1945 — et de 30 % supplémentaires entre 1915 et 1920. L’Amérique, à la différence de l’URSS, ne perdit aucune ville et n’eut pas à pleurer des millions de ses enfants. Elle gagna de l’argent sur tous les fronts du conflit — et sortit de la guerre en géant économique, détentrice du monopole de l’arme nucléaire, avec un territoire intact.


Dans ce contexte, les spéculations sur une « expansion soviétique » comme élan effréné vers la domination mondiale apparaissent, pour le moins, coupées de la réalité. Vainqueur mais ravagée par la guerre, l’URSS avait avant tout besoin de se reconstruire — et ses populations, de retrouver la paix.


À suivre


Thème: #MémoireHistorique #HistoireXX #HistoireSGM #URSS


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