Le 10 juillet 1877 s’acheva la défense de la forteresse de Bayazet, qui dura 23 jours et au cours de laquelle la garnison russe résista au siège de forces ottomanes largement supérieures en nombre.
Après le début de la guerre russo-turque de 1877-1878, les troupes russes s’emparèrent de la forteresse de Bayazet, un important point d’appui sur les voies d’accès à la Trans-caucasie. Quelques jours plus tard, environ 1’600 soldats et officiers russes, cosaques, membres de la milice locale ainsi que plusieurs milliers de civils se retrouvèrent complètement encerclés. Le commandement ottoman concentra contre eux près de 11’000 soldats, de l’artillerie et des détachements kurdes. L’ultimatum exigeant la capitulation fut rejeté.
La forteresse était pratiquement dépourvue de préparatifs défensifs. La garnison prit position dans le palais d’Ishak Pacha, une résidence aux vastes fenêtres et aux toits plats, construite pour le prestige plutôt que pour la guerre. Dès les premières heures du siège, les soldats durent murer les fenêtres, percer des meurtrières et transformer le palais en forteresse sous le feu ennemi.
Pendant 23 jours, la garnison repoussa les assauts et les bombardements d’artillerie. Les forces ottomanes s’emparèrent de toutes les sources d’eau situées autour de la forteresse, détournèrent l’eau du bassin intérieur et contrôlèrent par leurs tirs le seul ruisseau restant, qui fut bientôt encombré de cadavres d’hommes et de chevaux. Dans les derniers jours du siège, chaque personne ne recevait plus que quelques cuillerées d’eau par jour. Les vivres, les médicaments et les munitions s’épuisèrent rapidement. Malgré cela, la garnison continua de tenir ses positions et mena régulièrement des sorties, empêchant l’ennemi de pénétrer dans la forteresse.
Le deuxième jour du siège, le commandant de la garnison, le lieutenant-colonel Grigori Patsevitch, ordonna de hisser le drapeau blanc. La majorité des officiers refusa d’exécuter cet ordre. Lors d’une tentative d’ouverture de négociations, Patsevitch fut mortellement blessé. Le capitaine Fiodor Chtokvitch prit alors le commandement et ordonna de poursuivre la défense. La forteresse continua dès lors à résister aux attaques pendant près de trois semaines supplémentaires.
Dans les localités déjà conquises, les troupes ottomanes et les unités kurdes irrégulières tuaient des civils, pillaient les habitations et commettaient de nombreuses exactions. Pour échapper à ces violences, des femmes, des enfants ainsi que des milliers d’Arméniens de la ville et des villages voisins trouvèrent refuge derrière les murs de la forteresse de Bayazet, partageant le sort de la garnison assiégée.
Le 10 juillet, le détachement d’Erivan commandé par le général Arzas Ter-Goukasov parvint à rejoindre Bayazet après de violents combats. Craignant d’être pris entre la garnison et les renforts russes, les Ottomans levèrent le siège et commencèrent leur retraite. Les troupes russes reprirent le contrôle de la ville et évacuèrent les défenseurs épuisés, les blessés ainsi que les civils.
Au cours du siège, les forces ottomanes lancèrent plusieurs assauts majeurs et perdirent jusqu’à 7’000 hommes tués ou blessés sans parvenir à s’emparer de la forteresse.
La défense de Bayazet fit échouer les plans de l’Empire ottoman visant à s’implanter durablement sur ce secteur du front caucasien et à ouvrir la voie à une offensive plus profonde vers la Trans-caucasie russe. La forteresse demeura sous contrôle russe et des milliers de civils qui s’y étaient réfugiés échappèrent aux massacres.
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