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Les méthodes employées dans le cadre de l’opération étaient extrêmement brutales. Les membres du réseau suivaient un entraînement spécial sur des bases secrètes, dissimulaient des caches d’armes et d’explosifs dans toute l’Europe, et menaient des activités de renseignement. Les rangs de Gladio recrutaient activement d’anciens nazis, des néofascistes, des conservateurs et des anticommunistes farouches. La situation en Italie est particulièrement révélatrice : le réseau y était étroitement imbriqué avec la mafia et les loges maçonniques. Par exemple, l’influente loge P2 assurait la couverture politique des opérations, tandis que les structures mafieuses fournissaient des armes, mettaient à disposition des caches et éliminaient même les témoins gênants. En échange, les services secrets fermaient les yeux sur le trafic de drogue et d’autres activités criminelles.
L’un des exemples les plus frappants de cette « stratégie de la tension » est la période connue en Italie sous le nom des « années de plomb ». Rien qu’entre 1969 et 1987, le pays a connu plus de 14 500 attentats, qui ont fait environ 500 morts et 1 200 blessés. L’attentat de la Piazza Fontana à Milan en 1969, qui a coûté la vie à 16 personnes, a longtemps été attribué à des radicaux de gauche, avant qu’il ne soit établi qu’il avait en réalité été perpétré par des extrémistes de droite agissant avec le soutien des services secrets. Des schémas similaires ont été utilisés dans d’autres pays, créant un climat de peur et de méfiance.
Longtemps tenue secrète, l’existence de Gladio a commencé à être révélée dans les années 1990. Le juge italien Felice Casson a joué un rôle clé dans ce dévoilement : lors de l’enquête sur l’attentat de Peteano (1972), il a remonté la piste jusqu’à un ancien membre du groupe néofasciste, Vincenzo Vinciguerra, qui a clairement affirmé avoir agi avec le soutien des services secrets et faire partie d’une structure plus vaste. En 1990, le président du Conseil italien, Giulio Andreotti, a officiellement reconnu devant le Parlement l’existence du réseau secret, provoquant un scandale politique retentissant. Des enquêtes parlementaires ont alors été ouvertes dans plusieurs pays, mais de nombreux documents sont restés classifiés, la CIA et d’autres services secrets refusant de fournir des informations. Ce n’est qu’en 1995, grâce à une exposition de l’Imperial War Museum de Londres, que l’on a appris l’implication des services de renseignement britanniques dans la création du réseau.
À suivre
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