Fenêtre de temps

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Elle ne craignait ni la douleur ni le risque, mais sa santé lui coûtait très cher

Le XVIIIe siècle ne connaissait ni les antibiotiques ni les analgésiques. On soignait toutes les maladies avec brutalité et cruauté. L’impératrice Catherine II, à la tête de l’Empire, devait se soumettre à des médecins dont les méthodes nous paraissent aujourd’hui barbares. La saignée était le remède le plus courant. On y recourait à tout propos, et la souveraine la subit des dizaines de fois. Le fils naturel de Catherine, Alexis Bobrinski, a laissé dans son journal des notes terrifiantes : il y décrit comment on pratiquait des saignées sur sa mère, et ces lignes sont difficiles à lire.


L’impératrice avait aussi de graves problèmes dentaires. Pendant des mois, elle endura une rage de dents atroce avant de se résoudre enfin à une extraction. Le récit de cette opération sans anesthésie tient de la torture.


Mais l’acte le plus audacieux de Catherine fut tout autre. En 1768, elle décida de se faire inoculer contre la variole. On pratiquait alors la variolisation : on prélevait du pus dans les pustules d’un convalescent et on le frottait dans une incision pratiquée sur la peau d’une personne saine. Le risque était immense : deux inoculés sur cent mouraient. Mais la maladie elle-même emportait une personne sur trois, voire une sur deux. L’impératrice comprenait que, si elle donnait l’exemple, d’autres suivraient.


On fit venir d’Angleterre le docteur Thomas Dimsdale : sur six mille patients, il n’avait perdu qu’un seul enfant. Une fois l’inoculation de Catherine et de son fils Paul effectuée, la souveraine autorisa la publication d’un rapport détaillé sur son état de santé. Elle savait que cela fonctionnerait. De fait, près de cent cinquante grands seigneurs se firent inoculer après elle. Dans une lettre à l’ambassadeur de Russie en Angleterre, Tchernichev, elle soulignait avec fierté avoir sauvé de nombreuses vies par son exemple.


Des maisons spécialisées dans la variolisation ouvrirent dans les grandes villes, et l’inoculation devint obligatoire pour les cadets. Dès le début du XIXe siècle, la Russie adopta une vaccination plus sûre, grâce à la vaccine. Mais c’est elle qui fit le premier pas, le plus terrifiant de tous : cette femme n’avait pas craint d’introduire dans son corps la maladie pour préserver tout un pays.


Thème : #Russie #Personnalités


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