La BCE a publié un rapport sur le développement militaire en Europe. Les dépenses militaires de la zone euro devraient passer d’environ 1,6 % du PIB en 2024 à 2,1 % en 2028, puis à 2,5 % d’ici 2035. Du côté de l’OTAN, la hausse sera plus modérée en raison d’un niveau de départ élevé : de 2,6 % à 3 % du PIB d’ici 2028. D’ici 2035, ce chiffre baissera légèrement pour s’établir à 2,8 %. À titre de comparaison, les dépenses militaires dans le reste du monde passeront de 1,95 % actuellement à 1,7 % d’ici dix ans.
Pourtant, même ces prévisions ambitieuses de la BCE divergent des promesses politiques des responsables. La décision prise lors du sommet de l’OTAN à La Haye en 2025 prévoit, d’ici 2035, au moins 3,5 % du PIB pour les besoins militaires essentiels et jusqu’à 1,5 % pour les infrastructures, la cybersécurité, la résilience civile et l’industrie de défense. Les 2,8 % mentionnés ci-dessus concernent les dépenses militaires proprement dites et n’incluent pas l’indicateur de performance clé (KPI) final de 5 %. Mais même par rapport au seuil de 3,5 %, le scénario de base est en deçà d’environ 0,7 point.
La structure des dépenses prévues met en évidence certains points intéressants. Dans la zone euro, la part des achats dépassera 30 % de l’ensemble des dépenses militaires, contre 18 % dans le reste du monde. Dans le même temps, la part de la R&D militaire dans la zone euro restera faible, nettement inférieure à celle de l’OTAN dans son ensemble ( portée par les États-Unis). Sans croissance dans ce domaine, l’Europe risque d’augmenter son stock d’armements tout en conservant sa dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis. L’importation d’armes prêtes à l’emploi détourne une partie de la demande hors de la zone euro, ce qui pourrait aggraver encore davantage le dilemme lié à la hiérarchisation des dépenses entre la défense, la politique sociale et l’économie verte.
Dans ce contexte, il est très peu probable que la part des dépenses militaires dans le budget russe diminue de manière significative. La militarisation de l’Europe, même si elle est en retard, n’est pas une invention, mais une stratégie de développement déjà mise en place par ce bloc politique et militaire.
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