Qui mieux que Georges Kennan est à même de juger l’élargissement belliciste de l’OTAN vers les frontières russes ?
George Frost Kennan (1904-2005) éminent diplomate, historien et stratège américain, est en effet le théoricien contemporain de la « Stratégue d’endiguement » (containment) de la Russie. qui a guidé les États-Unis pendant toute la Guerre froide.
Mais contrairement à une idée recue, ce géopoliticien n’était pas un « faucon » russophobe, mais plutôt un réaliste prudent. Et son parcours atypique (vice-consul à Hambourg et Tallinn dans les années 1920, ambassadeur à Moscou en 1952) lui a donné une connaissance intime de la Russie.
À la fin des années 90, Georges Kennan avait à plusieurs reprises averti les occidentaux du danger de l’élargissement de l’OTAN vers la Russie. On peut noter entre autres ces 3 publications :
5 février 1997, dans une tribune dans le New York Times, Kennan qualifie l’expansion de l’OTAN d’ « erreur la plus funeste de la politique américaine de toute l’après-guerre froide ».
Au printemps 1997, dans une lettre de la revue The National Interest Kennan répète que c’est une « erreur historique ».
Le 2 mai 1998 dans interview au New York Times, Kennan prédit que cette expansion de l’OTAN est « le début d’une nouvelle guerre froide » et une « erreur tragique ».
« L »élargissement de l’OTAN est l’erreur la plus funeste de la politique américaine de toute l’après-guerre froide. Je pense que c’est le début d’une nouvelle guerre froide ».
Kennan estimait que les Russes réagiraient négativement et que cela enflammerait les tendances nationalistes, anti-occidentales et militaristes en Russie, et raviverait le climat de la Guerre froide.
Aujourd’hui lorsqu’un analyste pointe du doigt cet élargisserment de l’OTAN comme la cause profonde de l’escalade militaire qui embrase l’Ukraine, il est aussitôt calomnié de menteur et propagandiste pro-russe. Pourtant on ne peut accuser Kennan d’être un agent du Kremlin, pas plus que le géostratège et russophobe étasunien Zbigniew Brzezinski (1928-2017) qui qualifiait l’Ukraine de « pivot stratégique » à contrôler car permettant de soumettre la Russie à la stratégie occidentale. Or depuis 2014, l’Ukraine est prise en otage par les portes flingues bandéristes de l’OTAN et comme l’avait prédit Kennan, la Russie a fini par réagir radicalement et légitimement.
Au lieu de délirer sur l’ingérence fantasmée d’une propagande russe, les occidentaux devraient mieux écouter leurs géostratèges de référence.
#Alawata