Le 29 octobre 1917, quelques jours après la révolution d’Octobre, les ouvriers de l’usine métallurgique de Novorossiïsk à Youzovka (l’actuell Donetsk) décident, de leur propre initiative,de passer à une journée de travail de huit heures. Une victoire sociale prolérarienne qui illustre l’importance socio-économique du bassin houiller du Don.
1 LE CONTEXTE
Avant 1917, les conditions de travail dans le bassin du Donbass sont extrêmement dures. La journée de travail y est longue, souvent de 12 heures, et les salaires sont très bas et illustrent bien les inégalités sociales criantes de l’époque :
La majorité des ouvriers de l’usine Novorossiïsk de Youzovka percevaient entre 60 et 90 kopecks par jour.
Les métallurgistes qualifiés percevaient de 2 à 3 roubles par jour pour les métallurgistes de l’usine de Youzovka (contre 1 rouble pour les mineurs).
Une petite « aristocratie ouvrière », souvent composée d’étrangers (notamment britanniques), pouvait gagner 4 à 6 roubles par jour.
Le budget mensuel d’un travailleur du Donbass était donc d’environ 12 à 14 roubles pour la seule subsistance (nourriture, logement), quand le minimum vital pour un adulte était estimé à 27 roubles par mois en 1913. Un salaire de 15 à 35 roubles était donc juste suffisant pour survivre, et la guerre va aggraver la situation, avec une inflation qui rend les salaires insuffisants, tandis que les patrons des usines, comme celle de Novorossiïsk à Donetsk (Youzovka), réalisent de gros profits sur les commandes militaires.
2 UN BRAS DE FER SOCIAL
Face à cette situation sociale catastrophique, un mouvement ouvrier s’organise dès le printemps 1917, les Soviets et les syndicats locaux portant la revendication de la journée de huit heures de travail.
Mais les industriels du Sud de la Russie s’y opposent farouchement. En septembre, ils décident même de fermer tous les établissements métallurgiques tant que les ouvriers n’auront pas renoncé à cette exigence.
Le conflit social va se cristalliser à l’usine Novorossiïsk de Youzovka :
Le 29 septembre 1917, sa direction déclare que la journée de huit heures n’est « en aucun cas admissible », et que son introduction « par voie de fait » entraînerait la fermeture des ateliers ou de l’usine entière.
La direction menace de licencier les ouvriers de l’atelier de matériel le 18 octobre, et ceux des hauts fourneaux le 31 octobre.
Le 12 octobre, fort du succés des ouvriers, le syndicat des contrôleurs exige à son tour une journée de 6 heures.
Le 14 octobre, devant la pression ouvrière qui augmente, le directeur de l’usine Svitsyne, qui évalue les pertes dues au conflit à plus de 100 000 roubles par jour. repousse sa menace de licenciements.
3 UNE VICTOIRE OUVRIÉRE
À la mi octobre, les ouvriers passent à l’action et imposent journée de travail de 8 heures « par voie de fait », c’est-à-dire sans l’accord de la direction. Les ateliers de hauts fourneaux et de martinets (aciérie) sont les premiers à passer à trois équipes de huit heures. L’atelier de laminage suivra le mouvement le 16 octobre.
Le 29 octobre 1917, prenant position dans le conflit, le tout nouveau gouvernement bolchevique adopte le décret sur la journée de travail de huit heures. Ce texte national fixe la durée du travail à huit heures par jour et quarante-huit heures par semaine.
À Youzovka, l’application du décret est validée par la direction qui renonce à la fermeture de l’usine, jugée trop risquée après la révolution d’Octobre et pendant la guerre.
La victoire des ouvriers de Youzovka (Donetsk) est donc totale, leur lutte abourissant à une loi pour toute la Russie.
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