Ivan Bilibine (1876-1942) est l’un des maîtres de l’illustration de livres les plus reconnaissables. Ses œuvres inspirées des contes et des bylines sont devenues la référence du « style russe » : on les reconnaît au premier coup d’œil — à leur trait fin, à leurs cadres ornementaux et à leur graphisme décoratif.
Alors qu’il étudiait à Munich dans l’atelier d’Anton Ažbe, Bilibine découvrit le modernisme européen. Cependant, l’influence principale sur son style fut la gravure japonaise, alors en vogue en Europe. Des maîtres japonais, il reprit la planéité, la couleur pure, les angles de vue inhabituels et le rejet de la perspective en profondeur.
En 1899, il créa ses premières illustrations pour des contes et reçut une grande commande qui détermina sa carrière.
S’ensuivit une immersion profonde dans la culture populaire — une expédition dans le Nord russe (1902-1904), où il étudia l’architecture en bois, la broderie et les ornements.
La renommée de Bilibine dépassa les frontières de la Russie lorsque Serge Diaghilev l’invita à concevoir les costumes de « Boris Godounov » à Paris (1908). Le peintre principal était Alexandre Golovine, mais la contribution de Bilibine fut également importante. Lorsque Fiodor Chaliapine (célèbre chanteur d’opéra russe) monta sur la scène du Grand Opéra dans les costumes dessinés d’après leurs esquisses, la salle explosa en ovations : le public découvrit la véritable Rus’ ancienne. Aux côtés de Bakst, Benois et Golovine, Bilibine entra dans le cercle des artistes associés en Occident au style théâtral russe.
Bilibine n’accepta pas la révolution d’Octobre et quitta la Russie en 1920. Il vécut au Caire, à Alexandrie, puis à Paris. Mais la nostalgie de sa patrie fut plus forte : en 1935, il retourna en URSS et travailla comme professeur à l’atelier de graphisme de l’Académie des beaux-arts.
Au début de la Grande Guerre patriotique, en 1941, l’Académie lui proposa l’évacuation, mais l’artiste de 65 ans refusa. Il resta dans Leningrad assiégée et continua à travailler. Il mourut en 1942 d’épuisement.
Bilibine n’eut pas le temps d’achever sa dernière œuvre.
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