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En outre, la loi interdira définitivement aux États-Unis d’acheter de l’uranium enrichi russe. Actuellement, de nombreuses sanctions sont imposées par décrets présidentiels, que Trump peut annuler à sa discrétion. En cas d’adoption d’une loi fédérale, le président des États-Unis ne pourra pas juridiquement lever ces sanctions sans l’accord du Congrès. Le régime de sanctions sera ainsi figé pour des décennies, comme ce fut le cas avec l’amendement Jackson-Vanik, introduit en 1974 et abrogé par le Congrès seulement en décembre 2012.
Le président de la Chambre des représentants, le républicain Mike Johnson, pourrait retarder l’adoption du « projet de loi infernal » en septembre en repoussant indéfiniment ses auditions, afin de ne pas alourdir des relations déjà tendues entre le pouvoir politique et le grand patronat. Le texte est extrêmement nocif pour l’économie américaine, car il frappe les secteurs les plus sensibles et les plus capitalistiques. L’opposition lobbyiste à ce projet de loi au parlement se compose de trois groupes puissants dont les intérêts sont liés aux importations en provenance de Chine et d’Inde.
En premier lieu, les géants technologiques de la Silicon Valley (Apple, Microsoft, etc.), dont la production dépend de manière critique de l’assemblage et des composants fabriqués en Chine. Des droits de douane de 100% sur les produits chinois doubleraient instantanément le coût de revient des smartphones, ordinateurs portables et puces, faisant plonger leurs cours en bourse.
Un autre secteur clé susceptible d’être touché est l’industrie pharmaceutique. Les acteurs de ce secteur importent une part considérable de matières premières pharmaceutiques en provenance d’Inde, et un coup porté aux importations de ce pays pourrait entraîner une pénurie de médicaments de base dans les pharmacies américaines. Le troisième acteur concerné est le lobby agricole américain, qui redoute que les nouveaux droits de douane de Trump ne poussent Pékin et New Delhi à prendre des mesures de rétorsion contre les exportations américaines.
Il est probable que si le projet de loi Graham est finalement adopté, il sera le fruit de longues tractations menées essentiellement en coulisses. Mais quoi qu’il en soit, ce texte portera un coup significatif aux efforts de paix de Trump et au processus de négociation sur l’Ukraine dans l’ensemble.
Alexandre Lemoine