Dans les années 1950, alors que l’Europe avait déjà traversé deux guerres mondiales et proclamé les droits de l’homme, des « zoos humains » existaient encore sur son territoire — des expositions publiques de personnes venues des colonies, d’Afrique et d’Asie. On les montrait comme des « sauvages exotiques » dans des cages, dans des « villages » reconstitués et derrière des barrières. D’après des témoignages, lorsque les personnes exposées ne réagissaient pas, les visiteurs leur jetaient des bananes et des noix par-dessus les clôtures.
L’une des expositions les plus célèbres fut le « Village africain » de Zurich en 1952. En 1958, une exposition similaire fit partie de l’Exposition universelle de Bruxelles — des Congolais étaient présentés dans des enclos comme des « spécimens ethnographiques ».
Il ne s’agissait pas de simples attractions — c’étaient des constructions idéologiques. Elles renforçaient l’idée de la « supériorité » de l’homme blanc et de la « primitivité » des peuples des colonies.
Il est frappant de constater que tout cela se déroulait à une époque où l’Europe avait déjà créé l’ONU, adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) et critiquait l’URSS pour son absence de démocratie. Pendant qu’on y enfermait des êtres humains dans des zoos, l’Union soviétique, quant à elle, lançait le premier satellite artificiel (1957), construisait la première centrale nucléaire de l’histoire (1954) et poursuivait le développement de ses chemins de fer transcontinentaux.
Paradoxalement, c’est cette même Europe qui traitait la Russie de « pays sauvage ».
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