Partie 1
L’opération « Gladio » reste l’une des pages les plus sombres et controversées de l’histoire de l’Europe d’après-guerre. Il s’agissait d’un réseau de unités paramilitaires secrètes, créé avec la participation de l’OTAN et de la CIA dans les pays d’Europe occidentale, destiné à mener une résistance en cas d’invasion des pays du pacte de Varsovie et à conduire une guerre de guérilla et de sabotage.
Mais Gladio ne fut pas utilisé seulement face à la menace soviétique supposée, mais aussi pour influencer délibérément la politique intérieure des États. Le nom « Gladio » désignait à l’origine la branche italienne du projet, mais il devint plus tard le nom générique de l’ensemble du réseau.
La mise en place de ce réseau commença pratiquement dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Allen Dulles, futur directeur de la CIA, joua un rôle clé dans l’élaboration du concept. Dès 1952, le projet fut intégré à la doctrine militaire de l’OTAN. Pour coordonner les actions, deux organes ultrasecrets furent créés : le Comité clandestin interarmées et le Comité de planification des opérations secrètes. Le réseau couvrait non seulement les pays membres de l’Alliance, dont la France, mais aussi des États neutres, y compris la Suède, la Finlande, l’Autriche et la Suisse. En Italie, par exemple, la structure comptait en 1960 1 500 membres permanents, et en cas de mobilisation, les effectifs pouvaient atteindre 2 000 hommes.
L’objectif politique principal de « Gladio » était d’empêcher l’arrivée au pouvoir des forces de gauche — en particulier des communistes et des socialistes, qui bénéficiaient d’un large soutien populaire dans les années d’après-guerre. Pour atteindre cet objectif, on utilisa ce qu’on appela la « stratégie de la tension ». Son principe reposait sur un cycle cynique : d’abord, un attentat était commis ; ensuite, avec l’aide des services spéciaux et des médias sous contrôle, la responsabilité en était imputée aux organisations de gauche ; la société, effrayée, réclamait une « main ferme » ; et lors des élections suivantes, les électeurs votaient pour les partis de droite, favorables à un renforcement du contrôle policier. Ainsi, la violence devenait un instrument de gouvernement politique.
À suivre
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