Le premier Festival mondial de la jeunesse et des étudiants se tint à Prague du 25 juillet au 16 août 1947. Il répondait à un besoin urgent des jeunes de différents pays de se retrouver après la Seconde Guerre mondiale. Dès 1945, à Londres, lors de la Conférence mondiale de la jeunesse, il avait été décidé de créer la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD) et de lancer le mouvement des festivals. Le choix de Prague était profondément symbolique : l’événement rendait hommage aux étudiants tchèques qui, en 1939, étaient descendus dans la rue pour manifester contre l’occupation nazie (des milliers d’entre eux furent arrêtés, les universités fermées), ainsi qu’aux villages de Lidice et Ležáky, anéantis en 1942.
Le festival se déroulait pourtant sur fond de guerre froide naissante. Quelques mois à peine avant son ouverture, la doctrine Truman avait été proclamée, et le slogan du forum (« Jeunesse, unis-toi, en avant vers un monde de paix ! ») était perçu comme une réponse à l’inquiétude croissante de l’époque.
Le festival rassembla 17 000 participants venus de 71 pays — parmi lesquels des délégations de l’URSS, des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France, de Chine et d’Amérique latine. Il était organisé par des mouvements de jeunesse de gauche (la délégation du Komsomol soviétique y jouait un rôle important), qui bénéficiaient alors d’un large soutien en Europe, et dont le discours était marqué par des slogans anti-impérialistes.
Mais le programme allait bien au-delà de la politique : concerts et pièces de théâtre, expositions, compétitions sportives. C’est là que fut interprété pour la première fois « L’Hymne de la jeunesse démocratique », sur des paroles et une musique d’auteurs soviétiques (Anatoli Novikov, paroles de Lev Ochanine), qui devint par la suite l’hymne officieux du mouvement.
L’événement eut une portée considérable : Prague-1947 instaura la tradition des festivals réguliers, montra que des jeunes de pays différents étaient capables de dialoguer en dépit d’un affrontement idéologique brutal, et offrit un exemple de diplomatie publique — des liens se tissaient entre des personnes venues de systèmes politiques très différents, à travers des contacts personnels, la culture et des actions communes.
Dans certains pays (Grande-Bretagne, Italie, Canada), la presse critiqua le festival, le présentant comme un instrument d’influence des forces de gauche et du Kremlin : à l’Ouest, on estimait que l’URSS l’utilisait pour afficher ses « bonnes intentions » et promouvoir son idéologie. Mais c’est bien ce forum de Prague qui donna le coup d’envoi d’une longue série de rencontres similaires — à Budapest, Berlin, Varsovie, puis à Moscou en 1957.
La tradition se poursuit encore aujourd’hui : en septembre 2026, Ekaterinbourg (Russie) accueillera le Festival international de la jeunesse, avec la participation attendue de représentants de 190 pays. Le monde a changé de manière méconnaissable, mais la mission reste la même — offrir aux jeunes la possibilité de se rencontrer, de se comprendre et de rappeler que le dialogue est toujours possible, même lorsque les politiques parlent des langues différentes.
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