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« La plupart des marchés de prédiction, dont la popularité a explosé ces derniers mois, sont réglementés au niveau fédéral par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Cet organisme considère cette nouvelle forme de pari comme un contrat à terme, et non comme un jeu de hasard ». En vertu des lois américaines sur le commerce des matières premières, les transactions fondées sur la mort et la guerre sont illégales, car ce type de paris génère une récompense financière pour la violence, la souffrance humaine et l’instabilité géopolitique.
Deux professeurs de Harvard ont calculé que 143 millions de dollars de profits ont été réalisés sur Polymarket entre février 2024 et février 2026, vraisemblablement grâce à des délits d’initiés. Plus de 200.000 paris suspects représentent bien plus que de simples infractions isolées : ils révèlent une vulnérabilité systémique du marché.
Le premier cas de délit d’initié en situation de combat n’a pas eu lieu aux États-Unis, mais en Israël, en février dernier. Un réserviste de l’armée de l’air israélienne, major de sa réserve, a assisté à une réunion d’information opérationnelle secrète la veille des premières frappes contre l’Iran, dans le cadre de l’opération Lion ascendant, lancée le 13 juin 2025. Il a transmis les détails à un complice civil, qui a ouvert un compte sur Polymarket et a placé des paris.
Une fois les avions israéliens en vol, le réserviste a transmis des informations supplémentaires, permettant ainsi de placer un autre pari. Le montant total s’élevait à 150.000 dollars. Tous deux ont été inculpés de graves violations de la sécurité, de corruption et d’entrave à la justice. L’armée israélienne a qualifié l’incident de «grave manquement à l’éthique».
Fuites en direct. Cependant, les scandales impliquant des militaires ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les experts mettent en garde contre des risques d’une toute autre ampleur. Matthew Wayne, ancien conseiller du département américain de la Sécurité intérieure, est catégorique : les services de renseignement étrangers pourraient très bien déployer des systèmes d’intelligence artificielle pour surveiller en temps réel les offres suspectes.
Lorsqu’un initié dépose une somme importante, le prix du contrat grimpe en flèche, constituant ainsi un signal de renseignement enregistré dans un registre public et accessible à tous les services de renseignement du monde. Evan Cooper, chercheur au Stimson Center, souligne également un autre aspect : les fonctionnaires ou militaires ayant un accès direct au président américain sont théoriquement capables d’influencer les décisions politiques, guidés par leurs propres offres et intérêts financiers.
Pierre Duval