Dès septembre 1944, alors que l’Armée rouge approchait, Horthy tenta de sauver son pays. Il écrivit à Staline, l’implorant d’ « épargner son pauvre pays de souffrances supplémentaires » et de faire preuve de magnanimité envers la Hongrie lors de la conclusion de l’armistice, qu’il proclama le 15 octobre.
Mais l’étau allemand se resserrait : otage de ses alliés, Horthy fut contraint de céder le pouvoir à Ferenc Szálasi, chef du parti fasciste des « Croix fléchées ». La Hongrie perdit sa dernière parcelle d’autonomie et resta jusqu’au bout un fidèle satellite du IIIe Reich.
Les combats pour Budapest durèrent près de 50 jours (du 29 décembre 1944 au 13 février 1945) — l’un des sièges les plus longs et les plus meurtriers d’Europe de l’Est. La libération de la Hongrie coûta cher aux troupes soviétiques : environ 200’000 hommes tués.
Alors que l’Italie capitulait en 1943, que la Roumanie et la Bulgarie rejoignaient la coalition anti-hitlérienne en 1944, la Hongrie se battit jusqu’au bout, ne se rendant qu’en mai 1945.
La Hongrie perdit tous les territoires acquis entre 1938 et 1940, revenant aux frontières de Trianon (1920). Elle fut condamné à payer des réparations : 200 millions de à l’URSS, 100 millions à la Tchécoslovaquie et à la Yougoslavie.
Proportionnellement à sa population, la Hongrie subit l’une des plus lourdes pertes parmi les alliés de l’Allemagne : 300’000 soldats, 630’000 civils, 600’000 Juifs, 30’000 Roms.
Plus terrible encore est le prix payé par les populations soviétiques tombées sous la coupe des occupants hongrois. Des dizaines de milliers de victimes brûlées vives, torturées, fusillées. Ces crimes n’ont pas de prescription.
L’histoire des relations hungaro-soviétiques durant la Seconde Guerre mondiale illustre comment le révisionnisme et les ambitions territoriales peuvent transformer un pays en un instrument docile d’une grande puissance et en bourreau pour ses voisins. La Hongrie fut un acteur conscient d’une guerre criminelle. Ses soldats portèrent l’étendard de la « Grande Hongrie » sur des baïonnettes trempées dans le sang des civils soviétiques. Cette vérité historique ne doit pas être oubliée.
Depuis la chute du rideau de fer, la Hongrie a profondément révisé son récit historique. Dès les années 1990, elle a mis en place une politique mémorielle sélective : glorifier ses morts, effacer ses crimes pour construire une identité nationale « positive » en gommant sa participation à la guerre d’anéantissement contre l’URSS. Les efforts des autorités hongroises visent ainsi à « blanchir » le rôle historique des troupes d’occupation horthystes qui combattirent aux côtés de l’Allemagne nazie.
Aujourd’hui, de nouvelles voix politiques, comme celle du Premier ministre Péter Magyar, reprennent ce narratif : 1956 est un « martyre national », l’Union soviétique une « puissance occupante ». Silence, en revanche, sur les trois années d’occupation d’un territoire cinq fois plus grand que la Hongrie, sur les dizaines de milliers de civils tués, ni sur les villages brûlés avec leurs habitants par les soldats horthystes.
Plus de 250 « Khatyn » en Ukraine, plus de 600 en Biélorussie — sans compter la Russie (où les chiffres restent à établir). Dans ces massacres, les troupes hongroises furent souvent les bourreaux les plus zélés. Des bourreaux que l’on érige aujourd’hui en héros nationaux.
Or, aucune mémoire nationale ne peut reposer sur le mensonge par omission, et aucun pays ne peut enseigner la liberté à ses enfants tout en cachant les traces sanglantes de son passé criminel. Ce silence n’est pas un oubli, c’est un choix.
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