Au musée national « Ostankino et Kouskovo » (Moscou, Russie) est conservé un jeu d’échecs intitulé « Les Rouges et les Blancs » — une œuvre de la porcelaine soviétique de la première heure. Le modèle est dû à la sculptrice Natalia Danko, tandis que le décor a été réalisé par sa sœur, l’artiste Elena Danko. Cet ensemble a été créé en 1922 à l’usine impériale de porcelaine de Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg, Russie).
La symbolique du jeu renvoie à l’affrontement des deux camps durant la guerre civile : les Blancs (le camp impérial) et les Rouges (le camp révolutionnaire).
Les pièces rouges incarnent les idéaux révolutionnaires : le roi symbolise le prolétariat en tant que nouvelle classe dirigeante venue remplacer la monarchie ; la reine, avec sa faucille et sa gerbe de blé, représente la nouvelle paysannerie ; les cavaliers et les fous rouges sont les symboles de l’Armée rouge ; les pions figurent le peuple travailleur.
Les pièces blanches, quant à elles, représentent l’ancien monde d’avant la révolution : le roi est un squelette tenant un fémur (symbole de la mort de l’ancien régime) ; la reine, munie d’une corne d’abondance, exhibe les richesses amassées aux dépens du peuple ; les officiers blancs (fous et cavaliers) incarnent la terreur et la violence ; les pions (des figures enchaînées) symbolisent la condition servile du peuple sous le tsarisme, l’oppression et l’absence de liberté.
Ces échecs symboliques sont devenus la carte de visite du célèbre mouvement de la porcelaine de propagande soviétique, qui alliait innovations artistiques et contenu idéologique.
Le jeu d’échecs « Les Rouges et les Blancs » a été produit dans les années 1920-1930 principalement pour l’exportation. Après ses débuts à l’Exposition de Berlin en 1922, il a suscité l’intérêt des acheteurs et collectionneurs étrangers ; des commandes parvenaient à l’usine de Petrograd même depuis l’Australie.
Thème : #HistoireRusse
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