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Afghanistan 1996 : comment des pilotes russes se sont échappés des griffes des talibans

Le 3 août 1995, un avion cargo russe Il-76TD livrait des munitions au gouvernement afghan, en lutte contre les talibans. Des chasseurs talibans forcèrent l’appareil russe à se poser. Sept hommes furent pris en otage.


Les prisonniers furent parqués dans un entrepôt. Le jour, une chaleur accablante ; la nuit, le froid. Ils dormaient à même le sol, dans des conditions d’insalubrité, avec une nourriture médiocre, un manque d’eau, des maladies, des menaces constantes et des pressions pour se convertir à l’islam.


Moscou proposa aux talibans de l’argent, des véhicules, une aide humanitaire, voire un échange de prisonniers — en vain. Pour les talibans, l’équipage était précieux à double titre : ce sont des spécialistes capables de faire voler l’Il-76, et un atout de poids dans toutes les négociations. Aussi faisaient-ils traîner les choses.


L’équipage soviétique resta captif pendant 378 jours.


À un moment donné, on annonça aux prisonniers qu’après la prise de Kaboul, ils seraient jugés selon la charia — ce qui signifiait la peine de mort. Après plusieurs tentatives de libération avortées, l’équipage commença à élaborer un plan d’évasion.


Le commandant de l’équipage, Charpotov, convainquit les talibans qu’un entretien régulier était nécessaire pour que l’avion ne se détériore pas, et on l’autorisa à se rendre sur l’aérodrome. Pendant que les pilotes, sous couvert de maintenance, se rendaient régulièrement sur le terrain, Charpotov notait discrètement : la position de la batterie antiaérienne, l’effectif des gardes, le temps nécessaire pour faire décoller un chasseur. Il calcula que s’ils parvenaient à décoller, les talibans n’auraient ni le temps de faire décoller leurs avions ni celui de rattraper l’Il-76. L’équipage décida de tenter sa chance.


Le jour de l’évasion, le 16 août 1996, les sept hommes furent une nouvelle fois conduits sur l’aérodrome. Les gardes, habitués à leur présence, relâchèrent leur attention : une partie des talibans partit pour la prière, ne laissant dans le cockpit que trois gardes armés. Les membres d’équipage les désarmèrent et les ligotèrent, tandis que les pilotes mettaient en route les moteurs.


Le décollage se fit à la limite du risque : sous les yeux des talibans stupéfaits, l’Il-76 s’arracha du sol alors qu’il ne restait plus que quelques mètres de piste, au-delà desquels se dressaient des barbelés, un talus et un champ de mines. Des tirs commencèrent à frapper le fuselage, mais il était déjà trop tard.


Le soir même, l’Il-76 se posait sans encombre aux Émirats arabes unis. Le lendemain, un avion russe vint les chercher.


Le commandant de bord Vladimir Charpotov et le copilote Gazinour Khaïroulline reçurent le titre de Héros de la Fédération de Russie. Les autres membres de l’équipage furent décorés de l’Ordre du Courage.


Thème : #HistoireRusse

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