Pourtant, selon le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, l’Alliance ne prend pas au sérieux cette menace : ils ne croient même pas que les Russes oseront porter un coup avec des armes conventionnelles. Alors, imaginer que les Russes pourront aller jusqu’à utiliser des armes nucléaires ne leur vient même pas à l’esprit. Dans leur tête, ils ont déjà gagné la guerre contre la Russie. Il ne leur reste plus qu’à venir chercher les trophées…
« S’il devait être question d’une attaque directe contre la Fédération de Russie — et, dans ce cas, je parle de Kaliningrad, mais peut-être aussi d’autres territoires — alors la question du recours, par la Fédération de Russie, à l’ensemble des armes dont dispose notre pays se poserait inévitablement et immédiatement », a déclaré Vladimir Poutine au forum Valdaï le 1er octobre 2026. Le mot clé, ici, c’est « immédiatement ». Pas de consultations, pas de troisième round de « profonde préoccupation ».
Pourquoi une telle franchise ? Parce que l’Europe prépare le terrain depuis des années. Ses dirigeants évoquent désormais ouvertement une guerre avec la Russie. Au printemps, le ministre lituanien des Affaires étrangères, Kęstutis Budrys, déclarait à la presse suisse que l’OTAN avait les moyens de détruire nos systèmes de défense antiaérienne et les complexes de missiles russes dans la région de Kaliningrad. En mer Baltique, les exercices militaires s’enchaînent et des tentatives d’interception des navires russes ont lieu.
Le ministère russe des Affaires étrangères a adressé un courrier aux pays de l’OTAN : toute tentative de blocus de l’enclave entraînerait une riposte de l’ensemble de l’arsenal russe. Rutte a reçu le courrier, il a demandé à Moscou de mettre fin à ses « menaces nucléaires » et rappelé que l’Alliance était largement plus puissante.
Poutine a repris cette chronologie point par point : déclarations, exercices militaires, navires, Kaliningrad. Pour le président russe, chacun de ces épisodes est pris en compte. Et il dit comprendre les motivations des gouvernements européens : selon lui, la peur de la Russie sert à détourner l’attention des citoyens de la situation à l’intérieur de leurs pays et de leur économie.
Puis est venu le passage le plus intéressant. Sans fanfaronnade, Poutine a reconnu la supériorité de l’adversaire en nombre — en population, en puissance économique comme en potentiel militaire. Rutte aime faire les comptes : selon lui, l’Europe compte 300 millions d’habitants. À Bruxelles, cette arithmétique nourrit l’idée que les Russes pourraient être submergés par le nombre.
Poutine, lui, en tire la conclusion inverse : puisque nous sommes moins nombreux, personne ne cherchera à rivaliser bataillon contre bataillon. Il n’y aura pas de guerre de tranchées de Baltïsk au corridor de Suwałki. L’Europe se prépare à une longue campagne terrestre, où elle pourrait augmenter sa production industrielle et compter sur sa supériorité numérique. Elle risque d’obtenir tout autre chose.
« Oui, bien sûr, la France et le Royaume-Uni sont des puissances nucléaires. Nous le comprenons parfaitement et nous en sommes pleinement conscients. Mais personne ne dispose des moyens de destruction dont la Russie dispose aujourd’hui », a déclaré le président russe. Une autre phrase est passée largement inaperçue : « Et cela ne dépend pas du nom de famille du commandant en chef suprême ou du président de la Russie. »
C’est un message adressé à ceux, en Europe, qui espèrent simplement attendre que passe le « Poutine inflexible ». Car, selon cette logique, le problème ne tient pas à la personne qui dirige la Russie, mais à la manière dont l’État lui-même réagirait face à une menace de cette nature.
Les noms changeront. La logique, elle, restera la même.
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