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Ali Rıza Taşdelen : L’OTAN est une organisation agressive qui menace la Turquie

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Il est vrai que la Turquie applique les règles de la Convention de Montreux relatives aux navires de guerre et impose des restrictions sévères, notamment aux navires de guerre des États n’ayant pas de littoral sur la mer Noire. De plus, en temps de guerre (comme c’est le cas actuellement entre la Russie et l’Ukraine), le passage des navires de guerre des parties belligérantes n’est pas autorisé.


L’OTAN souhaite faire de la mer Noire un «lac de l’OTAN». Elle cherche, sous divers prétextes, à y faire entrer des navires de guerre. Depuis la guerre en Ukraine, l’importance de la mer Noire pour l’OTAN s’est considérablement accrue. Pour les pays membres de l’OTAN qui ne sont pas riverains de la mer Noire, la Convention de Montreux limite naturellement la présence de navires de guerre dans la région. En revanche, la Turquie estime que la modification de la Convention de Montreux ou la création d’une «exception» pourrait perturber l’équilibre sécuritaire en mer Noire et, à juste titre, s’y oppose.


La Turquie ne souhaite pas que la marine de l’OTAN puisse accéder sans restriction à la mer Noire. En effet, une telle situation pourrait déclencher une riposte de la Russie et transformer la mer Noire, qui est actuellement une zone de sécurité régionale contrôlable par la Turquie, en un théâtre direct de la rivalité militaire entre les États-Unis et la Russie.


De la même manière, elle ne souhaite pas non plus que la Russie puisse y circuler sans restriction. Ce point est très important. La Convention de Montreux confère certes des avantages à la Russie, mais elle ne lui dit pas pour autant: «La mer Noire t’appartient». D’ailleurs, en 2022, la Turquie a également restreint les demandes de retour en mer Noire formulées par certains navires de la flotte russe de la mer Noire.


OC : Plusieurs pétroliers ont été touchés en juillet et en août par une série d’attaques contre des navires civils en mer Noire. Quelques membres d’équipage ont été blessés. L’autorité de régulation du trafic maritime (Gemi Trafık) a imputé la responsabilité à Kiev. Qu’en pensez-vous ?


A.R.T.: L’Ukraine attaque des navires civils en mer Noire, dont un grand nombre sont turcs; ces attaques, qui visent la souveraineté, la sécurité maritime et les infrastructures énergétiques de la Turquie, ne cessent de se multiplier. Malheureusement, le gouvernement turc n’adopte pas de position claire à l’égard de l’Ukraine. Cela s’explique par la politique d’équilibre qu’il mène entre l’Ukraine et la Russie.


Le ministère russe de la Défense a déclaré que les pièces des drones qui ont touché des navires turcs avaient été fabriquées par des entreprises turques puis vendues à l’Ukraine. Les armes vendues par la Turquie à l’Ukraine frappent nos propres navires marchands et nos propres marins en mer Noire! L’Ukraine menace la sécurité de la Turquie en mer Noire.


OC : Vous avez étudié en France. Comment qualifierez-vous les relations franco-turques actuelles ?


A.R.T.: Une question aussi vaste que les précédentes. En bref, on ne peut pas dire que les relations franco-turques soient particulièrement bonnes. L’ampleur des relations de la France avec Chypre du Sud et la Grèce en Méditerranée orientale dérange la Turquie. Tout comme il y avait auparavant des divergences et des points de conflit concernant la Libye et la Syrie, il en existe aujourd’hui concernant la mer Noire et le passage par les détroits. Examiner et analyser tous ces points un par un dépasserait le cadre de cet entretien. D’un autre côté, la France s’intéresse à la Turquie, qui prend des mesures importantes dans le domaine de la défense dans le cadre de la nouvelle architecture de sécurité européenne. De même, le soutien qu’elle apporte à l’Ukraine est considéré comme significatif.

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