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14 millions d’exilés : la déportation oubliée du XXe siècle

Après la défaite de l’Allemagne nazie en mai 1945, l’Europe de l’Est sombra dans le chaos. Les frontières furent redessinées, les pouvoirs effondrés, des millions de personnes déplacées. Dans les pays sortis de l’occupation, la soif de vengeance grandissait. Pour les Polonais, les Tchèques, les Hongrois et d’autres, les Allemands de souche, qui vivaient sur ces terres depuis des siècles, incarnèrent le mal nazi. La guerre était finie, mais la haine demeurait — et elle exigeait une issue.


Après la chute du IIIe Reich, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Yougoslavie eurent l’occasion de se venger de la population allemande. Entre 12 et 14 millions d’Allemands — en majorité des femmes, des enfants et des personnes âgées — furent déportés de force. Les répressions furent menées sur le seul critère de l’origine ethnique : être allemand signifiait être coupable.


Au printemps 1945, en Pologne, les pillages de fuyards allemands commencèrent. Les pillages étaient si généralisés que les Allemands durent être protégés par les troupes soviétiques. Comme les nazis avaient autrefois forcé les Juifs à porter l’étoile jaune, les Allemands de souche furent contraints d’arborer des insignes distinctifs sur leurs vêtements, parfois même une croix gammée.


À partir de l’été 1945, les autorités polonaises commencèrent à rassembler les Allemands dans des camps de travail et de transit, installés sur d’anciens sites militaires et industriels allemands. La mortalité y atteignit 50 %. Les enfants furent placés dans des orphelinats où ils furent élevés comme des Polonais, effaçant toute identité allemande.


En Tchécoslovaquie, la situation n’était pas meilleure. Avant la guerre, jusqu’à un quart de la population du pays était composée d’Allemands. En 1945, le gouvernement tchécoslovaque adopta six décrets (les décrets Beneš), privant les Allemands de leurs terres, de leur citoyenneté et de tous leurs biens. Des colonnes de marche furent formées et poussées sans arrêt vers la frontière. Lors de l’expulsion des Allemands de Brno (la « marche de la mort de Brünn »), entre 4 000 et 8 000 personnes périrent, selon les estimations. Ce n’est qu’en 2024 que les autorités de la ville présentèrent des excuses officielles aux victimes de ces événements.


De 1945 à 1946, les autorités tchécoslovaques déportèrent toute la population germanophone. La situation fut similaire en Hongrie, en Roumanie et en Yougoslavie.


Au début des années 1950, la population allemande s’était accrue de 12 millions de personnes en raison de l’afflux de réfugiés d’Europe de l’Est. Les pertes parmi les déportés furent d’au moins 500 000 personnes, et selon certaines estimations, jusqu’à 1,6 million de morts rien qu’en Pologne.


Ce fut la déportation la plus massive du XXe siècle.


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