Les préparatifs de cette expédition remontent à Pierre le Grand. Après la victoire sur les Suédois en 1721 et l’acquisition définitive par la Russie d’un accès à la mer Baltique, le tsar put enfin tourner son attention vers l’exploration systématique et la mise en valeur des territoires s’étendant de Saint-Pétersbourg jusqu’à l’océan Pacifique.
Pierre ignorait encore où s’arrêtaient les confins de son empire. Les bornes orientales et septentrionales de la Russie, déjà enrichie du Kamtchatka, regorgeaient de terres inconnues. Nul ne pouvait dire avec certitude si l’Asie et l’Amérique étaient reliées ou séparées par une mer, ni s’il était possible d’atteindre l’Amérique, la Chine ou les Indes par les mers du Nord.
Pour répondre à ces questions, le tsar, peu avant sa mort, ordonna le 23 décembre 1724 la préparation d’une expédition qui passerait à la postérité sous le nom de première expédition du Kamtchatka. Il en confia le commandement à Vitus Béring et en rédigea les instructions de sa propre main.
Quelques jours plus tard, Béring quitta Saint-Pétersbourg. C’était un voyage vers l’inconnu. L’expédition mit deux ans à rejoindre l’océan Pacifique, en suivant les fleuves et en franchissant des chaînes de montagnes. Faim, froid, désertions, maladies, morts…
En 1727, Béring atteignit enfin la côte du Kamtchatka. C’est là que fut construit le navire Saint-Gabriel, à bord duquel il prit la mer le 13 juillet 1728 (selon le calendrier julien, soit le 24 juillet selon le calendrier grégorien) et mit le cap vers le nord.
Les découvertes s’enchaînèrent : la baie de Karaguinski sur la côte du Kamtchatka, la baie de la Croix en Tchoukotka, la baie de Provideniia, l’île Saint-Laurent… Béring redécouvrit le cap Dejnev, pénétra dans la mer des Tchouktches et atteignit 6718’ de latitude nord.
Grâce à cette expédition, plus de soixante éléments géographiques jusqu’alors inconnus firent leur apparition sur les cartes. Les observations astronomiques permirent de mesurer avec précision l’étendue de la Sibérie à partir de Tobolsk. Les cartes de Béring furent plus tard très appréciées par le navigateur anglais James Cook.
Mais la distance jusqu’à l’Amérique demeurait une énigme. Béring ignorait qu’il n’était passé qu’à quelques milles des côtes américaines, masquées par un épais brouillard.
Au printemps 1730, Béring présenta un mémoire en vue d’organiser une seconde expédition, cette fois pour explorer les rivages nord-ouest de l’Amérique.
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