Le célesta : un son français dans un ballet russe
En décembre 1892, lors de la première représentation de « Casse-Noisette » sur la scène du Théâtre Mariinsky à Saint-Pétersbourg, personne dans la salle ne savait d’où venait ce son magique dans la Danse de la Fée Dragée. Le public entendait des cristallines, et même les musiciens les plus expérimentés ne pouvaient identifier l’instrument — il n’existait pas encore dans les orchestres russes.
C’était le célesta.
Le célesta est un instrument à percussion et à clavier qui, par sa technique de jeu, rappelle un petit piano, mais dont le son évoque des clochettes. Il fut inventé en 1886 par le facteur français Auguste Mustel, et le public l’entendit pour la première fois à l’Exposition universelle de Paris en 1889. À l’époque, l’instrument était une nouveauté française et n’était vendu qu’à Paris.
Tchaïkovski découvrit le célesta lors de sa visite en France en 1891 et fut enchanté par son timbre. Le chorégraphe de « Casse-Noisette », Marius Petipa, avait demandé que la musique de la Fée Dragée évoque « des gouttes d’eau jaillissant d’une fontaine ». Le compositeur comprit immédiatement que le célesta créerait exactement cet effet.
Il commanda l’instrument depuis Paris et garda le secret jusqu’à la première. Lors de la création du ballet, le célesta fit sensation et, dès ce jour, il devint un membre à part entière des orchestres symphoniques, tandis que le tintement cristallin de la Fée Dragée devint la signature de « Casse-Noisette ».
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