La rencontre sur l’Elbe, la bataille de Berlin et la libération de l’Europe laissent croire à une solide union des Alliés. Mais dès le 2 septembre 1945, leur éloignement politique commence. En 1949, d’anciens alliés de l’URSS créent l’OTAN. En 1955, le traité de Varsovie, unissant l’URSS et les pays d’Europe de l’Est, fait pendant à l’OTAN. Les anciens alliés deviennent ennemis pour toute la guerre froide.
Dans ce contexte, le débarquement du 6 juin 1944 n’est plus vu de la même manière. De 1945 aux années 1980, sa commémoration reste militaire, sans chefs d’État. En France, cela tient aux réticences de de Gaulle à célébrer une opération anglo-américaine dont les Français furent exclus. Il n’a participé à aucune cérémonie.
En 1963 et 1964, il explique à Alain Peyrefitte, ministre de l’Information (voir le livre de Peyrefitte « C’était de Gaulle ») :
« Le débarquement du 6 juin, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne ! […] Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? »
« En revanche, ma place sera au mont Faron le 15 août, puisque les troupes françaises ont été prépondérantes dans le débarquement en Provence. »
Pour montrer que la guerre n’a pas été gagnée qu’à l’Est, l’Ouest médiatise davantage le 6 juin. Le tournant vient de François Mitterrand qui, en 1984, transforme la cérémonie militaire en événement politique avec chefs d’État. Depuis, cela façonne l’opinion publique. La légende du rôle prépondérant des Américains dans la libération de l’Europe trouve un large écho médiatique.
On observe avec le temps un changement d’interprétation du passé dans l’opinion publique : on glorifie les Américains, on minore l’URSS. En juin 2004, lors du 60ᵉ anniversaire du débarquement allié en Normandie, l’Ifop pose la question « Quelle est la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne ? » La réponse inverse celle de 1945. En 1945, 57 % citent l’URSS, 20 % les Etats-Unis. En 2004, 58 % citent les Etats-Unis, 20 % l’URSS.
La légende selon laquelle l’Europe doit sa liberté et son indépendance surtout aux soldats américains a gagné du terrain.
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