Au milieu du XIXe siècle, l’Empire britannique avait déjà pompé de l’Inde tout ce qu’il pouvait (coton, thé, opium, bois, joyaux), mais cela ne suffisait pas. Il fut décidé d’imposer un taxe sur le sel.
Le sel était vital dans les pays chauds. Pendant des siècles, les Indiens l’avaient produit eux-mêmes : en l’évaporant de l’eau de mer, en l’extrayant de gisements, en le ramassant à la surface des lacs. Gratuitement.
Les Britanniques interdirent la production libre et instaurèrent une taxe — 1600 % du coût de revient — rendant ce produit de première nécessité inaccessible à des millions de pauvres. Et pour réprimer la contrebande, ils construisirent un mur vivant d’épines.
En 1871, le long des routes du sel, on dégagea une bande de terre allant jusqu’à 12 mètres de large et l’on planta des acacias, des oponces et du prunier de l’Inde aux épines acérées comme des aiguilles. Des lianes entrelaçaient les branches, créant une barrière impénétrable, et les fourrés abritaient serpents et scorpions.
Dans les années 1880, la « Grande Haie » s’étendait sur près de 4000 km — de l’Himalaya au golfe du Bengale. Des équipes spéciales de jardiniers et de douaniers l’entretenaient. La contrebande du sel diminua fortement.
La Marche du sel de Gandhi en 1930 — une action de masse — lorsque des milliers d’Indiens, menés par le Mahatma, allèrent à pied jusqu’à la mer et y firent symboliquement évaporer du sel en signe de désobéissance à la taxe britannique, fut une marche contre le système que ce mur incarnait.
Le développement des chemins de fer et la croissance du mouvement de libération nationale rendirent l’entretien du mur sans objet. À partir de 1903, on commença à le démanteler. Après l’indépendance de l’Inde (1947), la Haie fut définitivement oubliée.
Aujourd’hui, il n’en reste presque rien — seulement des fourrés sauvages que les habitants appellent la « jungle du sel ».
Cette histoire fut révélée par le livre de l’historien britannique Roy Moxham, paru en 1998.
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