La société suisse Crypto AG, spécialisée dans les machines à chiffrer, vendait ses équipements à plus de 120 pays qui croyaient à la neutralité suisse, à l’honnêteté de ses ressortissants et à l’inviolabilité de leurs communications. Pourtant, l’entreprise avait déjà été secrètement rachetée par la CIA et par le service fédéral de renseignement allemand (BND).
Dans les machines à chiffrer furent dissimulées des portes dérobées, permettant aux États‑Unis et à l’Allemagne de lire la correspondance diplomatique et militaire des pays acheteurs.
L’opération « Rubicon » restait inconnue des ministres suisses eux‑mêmes, ainsi que du parlement. Les finances de l’entreprise étaient contrôlées via des comptes fictifs. Les accès clandestins ne pouvaient être détectés sans démontage des appareils.
Les informations confidentielles ainsi interceptées aidèrent les États‑Unis lors d’opérations militaires et diplomatiques : lors du bombardement de la Libye (1986), elles permirent de localiser la défense antiaérienne ; pendant la crise des otages en Iran (1979‑1981), de suivre les positions des négociateurs ; durant la guerre des Malouines (1982), de transmettre au Royaume‑Uni des données sur les mouvements des troupes argentines.
En 2018, la CIA revendit Crypto AG à des investisseurs privés, après avoir supprimé toutes les portes dérobées dans les appareils alors en service.
L’ampleur de l’opération ne fut révélée qu’après la publication, en 2019, qui permit à des journalistes d’accéder à la correspondance interne de la CIA et du BND. Il apparut que « Rubicon » avait couvert pratiquement toutes les zones chaudes de la seconde moitié du XXe siècle. La Suisse, bastion de la neutralité et du secret bancaire, s’était révélée une plaque tournante de l’espionnage mondial.
La Suisse ne présenta pas d’excuses officielles et ne versa aucune compensation aux pays victimes.
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