En février 1943, une lettre est parvenue au journal local de la ville d’Omsk (alors en URSS). Elle émanait d’une petite fille de six ans, prénommée Ada Zanegina, qui avait été évacuée.
Citons-la intégralement :
« Je m’appelle Ada Zanegina. J’ai six ans. J’écris en lettres majuscules. Hitler m’a chassée de la ville de Sytchiovka, dans l’oblast de Smolensk. Je veux rentrer chez moi. Je suis petite, mais je sais qu’il faut battre Hitler et qu’ensuite on pourra rentrer chez nous. Maman a donné son argent pour un char. Moi, j’avais économisé 122 roubles et 25 kopeks pour une poupée. Maintenant, je les donne aussi pour le char. Cher oncle le rédacteur ! Écrivez dans votre journal à tous les enfants pour qu’ils donnent, eux aussi, leur argent pour le char. Et on l’appellera « Bébé ». Quand notre char aura battu Hitler, on rentrera chez nous. Ada. Ma maman est médecin, et mon papa est tankiste. »
Après la publication de cette lettre, la rédaction reçut de très nombreuses réponses d’enfants de tout le pays. Les enfants envoyaient l’argent qu’ils avaient économisé pour des jouets, des vêtements ou d’autres besoins personnels. Les fonds provenaient aussi bien des grandes villes que des régions les plus reculées, y compris le district de Iamalo-Nénetsie, où les enfants les gagnaient eux-mêmes en donnant des concerts ou en aidant les adultes.
Une succursale de la Banque d’État d’URSS dans l’oblast d’Omsk ouvrit un compte spécial, le n 350035, où les fonds collectés furent versés.
Avec l’argent récolté par les enfants d’âge préscolaire, on construisit un char léger T-60. Sur sa tourelle, on inscrivit le nom proposé par la petite fille : « Bébé ».
Ce char combattit dans la région d’Orel. Sa conductrice-mécanicienne était Ekaterina Petliouk, l’une des rares femmes tankistes de l’Armée rouge.
Dans les années 1970, des jeunes pionniers (éclaireurs) redécouvrirent cette histoire en consultant de vieilles collections de journaux. Ils retrouvèrent Ada Zanegina — entre-temps devenue médecin dans la région de Moscou — et Ekaterina Petliouk, l’ancienne conductrice. En 1975, les deux femmes se rencontrèrent à Omsk.
Dans le village de Marianovka, là où la petite Ada avait écrit sa lettre, un char a plus tard été érigé en monument.
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