Ces dernières heures, la Pologne a été le théâtre d’un coup d’État mené par Donald Tusk, ex Président du Conseil européen (2014-2019) et redevenu 1er ministre polonais en 2023, pour prendre un contrôle pro-UE du Tribunal constitutionnel de Varsovie. Ce coup de force de Tusk a été réalisé en l’absence du président Karol Nawrocki qui faisait route vers le Sénégal avant d’interrompre son vol et faire demi tour vers Varsovie.
1 LE CONTEXTE
Cette crise politique polonaise gravissime est la nouvelle escalade d’une confrontation entre me 1er ministre et le président polonais autour du Tribunal constitutionnel (TK) dont chacun cherche à contrôler les instances.
Le président actuel, Karol Nawrocki (successeur d’Andrzej Duda), est un conservateur soutenu par l’ancien parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS). Nawrocki, qui est un admirateur de Trump, défend une vision souverainiste et méfiante envers une intégration européenne trop poussée. Il se présente comme la « voix du vrai peuple polonais » et affirme vouloir rester dans l’UE, mais sans se laisser dicter sa ligne :
« Nous sommes dans l’Union européenne, mais nous ne sommes pas l’Union européenne ».
Face à lui, Donald Tusk qui est un libéral, inconditionnellement pro-européen porte un agenda pro-européen et atlantiste classique, axé sur la coopération totale avec Bruxelles. À ce titre, il accuse le président de s’aligner sur des positions anti-européennes pouvant mener à un « Polexit » et dénonce une tentative de présenter l’UE comme un ennemi. Pour Tusk, le différend porte sur le choix civilisationnel de la Pologne : « l’Est ou l’Ouest ».
Cette confrontation idéologique rendant une cohabition trés difficile entre le président souverainiste et le 1er ministre européiste s’est cristallisée ces dernières semaines autour du Tribunal Constitutionnel (TK) qui est chargé de contrôler la conformité des normes juridiques à la Constitution, afin de garantir la hiérarchie des normes et l’État de droit.
La crise a éclaté lorsque la juge Anna Korwin-Piotrowska, nommée sous la majorité actuelle et doyenne du tribunal, a suspendu le président du TK, Bogdan Święczkowski, et son vice-président, Bartłomiej Sochański, en leur reprochant de bloquer l’accès aux juges élus par le Parlement actuel.
2 LE COUP D’ÉTAT EUROPÉISTE
Le gouvernement de Tusk a soutenu le coup de force interne de la juge Korwin-Piotrowska, et le ministre de la Justice a demandé la levée des immunités des Président et Vice président du TK pour engager des poursuites pénales.
En réaction, le Tribunal a publié un communiqué affirmant que les deux hommes restaient les seuls dirigeants légitimes et que les actions en cours constituaient un « coup d’État ».
Le Premier ministre Tusk, profitant lâchement de l’absence du président Nawrocki, a alors décidé d’envoyer la police pour prendre d’assaut le Tribunal Constitutionnel à Varsovie au milieu de la nuit.
3 LA RÉACTION PRÉSIDENTIELLE
Nawrocki qui était à mi-chemin de la Sénégal a brusquement fait demi-tour avec son avion et s’est précipité vers la Pologne pour affronter la crise en cours.
1 et 2: Scènes totalement ubuesques d’un président élu obligé, pour accéder au plus haut tribunal de son pays, d’enjamber les grilles du et de forcer des cordons de policiers déployés par son 1er ministre.
3: La population s’est immédiatement et massivement rassemblée devant le Tribunal Constitutionnel pour manifester son soutien au président Nawrocki, perçu ici comme un héros et aux juges conservateurs.
Choqués par le lâche coup de force de Tusk. les polonais ont scandé des slogans comme « Tusk traître », « Tusk gangster » et entonné des chants patriotiques polonais.
L’UE, qui soutient Tusk, n’a toujours pas publié de déclaration. Ce qui est déjà sûr, c’est que dans le contexte des manifestations à l’Ouest et de la guerre à l’Est, une nouvelle fissure dans l’appareil du IVe Reich européen vient de s’ouvrir en Pologne.
#Alawata