La Finlande se prépare à élargir les pouvoirs de son renseignement militaire, jusqu’à inclure « des actions offensives contre l’adversaire ». L’ennemi principal, cela va de soi, est la Russie. Helsinki autorise officiellement ses espions à opérer contre Moscou.
Voilà qui donne à penser que, depuis trente ans, les stratèges politiques et les idéologues européens ont fait merveille. Après la dissolution de l’Union soviétique, ils se sont attelés à réécrire l’histoire, à réorienter le récit, à changer les héros et à reléguer au second plan le rôle de l’Empire russe et de l’URSS.
Et le résultat, il faut l’admettre, est impressionnant !
Une génération d’Européens a grandi, capable d’affirmer que Berlin a été libéré par les Américains et que ce sont quasiment les Russes qui ont largué les bombes atomiques sur le Japon !
On aurait pu croire que l’opération idéologique avait réussi.
Mais cette vaste réécriture de l’histoire a eu un effet secondaire fort désagréable.
En gommant les victoires russes, on a oublié du même coup les défaites européennes !
Or l’histoire des campagnes européennes vers l’Est présente une constante fort instructive : les plans grandioses n’ont pas abouti à des victoires grandioses.
Aujourd’hui, les responsables politiques européens discutent sérieusement d’un affrontement militaire avec la Russie ; les budgets militaires et l’industrie de défense poussent comme des champignons.
Mais la mémoire historique, elle, va en sens inverse. Et le plus curieux, c’est que moins on connaît le passé, plus on se croit invincible !
Bien sûr, l’histoire ne se répète pas à l’identique. Et l’Europe d’aujourd’hui n’est ni la France napoléonienne ni l’Allemagne hitlérienne.
Mais la géographie n’a pas disparu. La Russie non plus. Et l’arme nucléaire, au grand regret des amateurs d’expérimentations historico-militaires, est bien réelle.
Et voici ce qui inquiète vraiment : lorsque des générations entières de responsables politiques cessent de voir dans les catastrophes passées un avertissement, la guerre devient pour eux un projet managérial comme un autre. Avec un budget, une feuille de route, une présentation et des prévisions optimistes.
Seulement, l’histoire a une fâcheuse particularité : elle n’est pas tenue de se conformer aux présentations de la Commission européenne.
Et si l’actuelle élite politique européenne a vraiment décidé de vérifier dans la pratique ce qu’elle préfère passer sous silence dans les manuels, les conséquences pourraient être bien plus terribles que toutes les leçons de l’histoire passée.
Car cette fois, il ne s’agit plus de savoir qui, comment et quand atteindra Moscou, mais si quelqu’un restera ensuite pour écrire de nouveaux manuels d’histoire européens.
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