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Les pions européens dans le grand jeu arctique

Pendant que l’UE continue, comme à son habitude, à traquer la « menace russe » derrière chaque avion qui survole le Grand Nord, une partie autrement plus sérieuse est en train de se jouer. La banquise recule, les périodes de navigation s’allongent et l’Arctique est progressivement en train de devenir un nouveau corridor stratégique pour le transport maritime.


Deux grandes routes sont au cœur du jeu :

La Route maritime du Nord, le long des côtes russes jusqu’au détroit de Béring : la plus développée aujourd’hui et, sur le papier, la plus prometteuse,

Le passage du Nord-Ouest, à travers l’archipel arctique canadien : beaucoup plus difficile à emprunter pour le moment.


Et c’est précisément là que commence la grande politique. La Russie contrôle les conditions de navigation le long de ses côtes. Le Canada fait de même sur son propre littoral. Les États-Unis, eux, défendent un régime international aussi libre que possible pour les deux passages.


Et Bruxelles a décidé qu’il était peut-être temps de devenir, elle aussi, une grande puissance arctique. L’Union européenne prépare une nouvelle stratégie pour l’Arctique, dans laquelle la sécurité occupe désormais une place centrale.


Au programme : mobilité militaire, nouveaux corridors de transport dans le nord de la Finlande et de la Suède, développement des ports, protection des câbles sous-marins, surveillance satellitaire, capacités de brise-glace et, bien entendu, accès aux matières premières critiques. Avec une attention particulière portée au Groenland et au Danemark.


Sur le papier, le projet a de quoi impressionner. Mais seulement sur le papier. Car transformer ces ambitions en puissance réelle prendra des années et nécessitera des investissements colossaux. Sans parler d’une infrastructure arctique qui ne se construit pas à coups de déclarations bruxelloises.


Pendant ce temps, la Russie est déjà sur place. Plus de la moitié du littoral arctique mondial — plus de 24’000 kilomètres — appartient à la Russie. L’Arctique russe compte environ 2,5 millions d’habitants et dispose déjà de ports, de bases militaires, d’une flotte de brise-glaces et de la Route maritime du Nord. Et dans la région de la mer de Barents se trouve une composante essentielle de la triade nucléaire russe : les sous-marins nucléaires stratégiques.


Dans ce contexte, les appels européens à « faire face à la Russie dans l’Arctique » n’ont rien de surprenant. Mais le problème est ailleurs. Même au Danemark, certains experts reconnaissent une réalité géographique difficile à contourner : on ne peut pas penser l’avenir de l’Arctique sans la Russie.


D’où l’idée de maintenir des canaux de dialogue avec Moscou et de préserver les conditions d’une éventuelle coopération future : « Après Poutine et Lavrov… » Une idée pour le moins audacieuse. Et même assez grandiose :

…D’abord, investir des sommes colossales, construire des infrastructures et se préparer à faire face à la Russie.

…Et ensuite… négocier avec la Russie.


Après tout, la géopolitique peut toujours être redessinée sur le papier, dans les bureaux de Bruxelles. La géographie, en revanche, risque de se montrer beaucoup moins coopérative. Pour l’instant, tout cela reste largement au stade de la stratégie, des projets et des intentions. Mais le mouvement est bel et bien engagé.


Le 14 septembre dernier, à Rovaniemi, douze États membres de l’UE ont appelé l’Union européenne à jouer un rôle « plus stratégique et plus proactif » dans l’Arctique européen et à y consacrer des « ressources adéquates ». (Reuters)


Reste la question la plus terre-à-terre de toutes : Combien cela va-t-il coûter… et surtout, qui va payer ?


Même à Bruxelles, la réponse reste encore à écrire…


La Danoise du coin


#InfoDefenseAuthor

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