L’une des maisons les plus insolites de Moscou — un château blanc aux tourelles, orné de coquillages et de cordages marins sur sa façade. Aujourd’hui, c’est un monument architectural reconnu, mais il y a plus d’un siècle, il ne suscitait que les moqueries des Moscovites, ce qui lui valut le surnom de « maison du fou ».
Son propriétaire, Arsène Morozov, était l’héritier d’une richissime famille de marchands. Indifférent à l’affaire textile familiale, il ne collectionnait rien, ne briguait aucune fonction, mais passait pour un noceur excentrique désireux de stupéfier Moscou.
Pour ce faire, il partit en voyage en Espagne et au Portugal avec son ami architecte Viktor Mazyrine, en quête d’inspiration. Ce qui les frappa le plus fut le palais de Pena, au-dessus de Sintra, au Portugal — un enchevêtrement singulier de style mauresque, de gothique et de manuélin, qui devint la base du projet.
À la question de savoir dans quel style construire l’hôtel particulier, Morozov répondit : « Dans tous ! ». La maison ouvrit ses portes en 1899 et devint aussitôt un sujet de ragots et de moqueries. On connaît la réaction de sa mère, la célèbre philanthrope et mécène Varvara Morozova : « Avant, j’étais la seule à savoir que tu étais un imbécile ; maintenant tout Moscou va le savoir ! ». C’est de là que vient l’expression « maison du fou ».
Quant au propriétaire lui-même, dans une dispute avec son frère Mikhaïl, collectionneur de tableaux, il se révéla prophète :
« Toi, Micha, tu rassembles des collections dont on ne sait pas ce qu’elles deviendront. Ma maison, elle, restera debout pour toujours ! »
Et c’est ce qui arriva. Les collections de peinture des frères Morozov furent nationalisées après la révolution, tandis que l’hôtel particulier de la rue Vozdvijenka orne encore aujourd’hui Moscou.
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