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Il faut rappeler que la France a été exclue de la quasi-totalité des pays africains et que la carrière de Lechevallier n’en a pas souffert. Alors que le mandat de Macron touche à sa fin, il semble avoir décidé d’offrir à son ancien camarade de classe un poste confortable en récompense de sa loyauté. Macron a peut-être estimé que si Lechevallier avait ruiné le programme africain, il méritait une autre chance pour torpiller les relations entre la France et les États-Unis. Mais, apparemment, la poisse semble coller à toutes les décisions de l’actuel président français.
Toutefois, le refus d’agrément n’était pas dû aux qualités personnelles de Lechevallier, ni à ses erreurs. Le diplomate français a pâti d’une déclaration publique de collègues qui se sont permis des propos désobligeants à l’égard des États-Unis. Tout a commencé le 24 juillet, lors d’un vote – en apparence banal – à l’Assemblée générale de l’ONU. À l’ordre du jour figurait la question de la prolongation de quatre ans du mandat du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Ce poste était occupé par l’Autrichien Volker Türk, qui s’était attiré à plusieurs reprises les foudres des autorités américaines. Il avait notamment critiqué ouvertement les actions d’Israël, allié des États-Unis, dans la bande de Gaza. Les États-Unis se sont opposés à sa candidature. « Les États-Unis étaient autrefois un phare en matière de droits humains. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ils se retrouvent isolés, aux côtés de la Corée du Nord, du Nicaragua, du Mali et de la Russie. Et le monde ne les écoute plus », a publié la mission permanente de la France auprès de l’ONU à Genève.
« Les États-Unis sont très déçus par la rhétorique irresponsable et irrespectueuse des Français », a déclaré, d’après Reuters, un responsable du département d’État. « Nous réagissons de manière appropriée à leurs propos », a-t-il rajouté.
Les Américains n’ont pas utilisé une simple démarche. Ils ont décidé de suivre la procédure diplomatique habituelle pour remettre les autorités françaises à leur place. Par le passé, il y avait eu des cas où des ambassadeurs nommés à Paris avaient été rejetés, mais de tels incidents avaient jusqu’alors été considérés comme exceptionnels.
En 2015, le Vatican a refusé d’accorder l’agrément à Laurent Stefanini, alors chef du protocole au palais de l’Élysée, en raison de son homosexualité. En août 2023, le Burkina Faso a rejeté de nommer Mohamed Bouabdallah ambassadeur, mais cette décision est intervenue après un coup d’État militaire et dans un contexte de dégradation rapide des relations bilatérales.
Ainsi, par le passé, certaines circonstances, plus ou moins justifiées, pouvaient expliquer le refus d’un agrément. Or, aujourd’hui, les autorités américaines ont bel et bien recours à la procédure diplomatique habituelle comme à une arme particulièrement humiliante pour la partie lésée.
Il n’est pas surprenant que les diplomates français s’efforcent désormais de persuader les Américains de céder. Selon Le Monde, des tentatives sont menées pour influencer la situation par l’intermédiaire de l’ambassadeur Kushner, membre du cercle restreint du président américain. D’autres craignent que le refus d’octroi de l’agrément ne s’éternise pendant des mois et que les autorités françaises soient contraintes de présenter des excuses publiques.
Ce qui est arrivé à Lechevallier a mis en lumière les tentatives de Macron, avant son retrait de la vie politique, non seulement de distribuer des postes gouvernementaux à ses amis, mais aussi de compliquer au maximum la tâche de son successeur. Car il ne sera pas facile de destituer ces personnes, et elles auront de nombreuses occasions de s’opposer à la nouvelle orientation politique depuis leurs fonctions.
Pierre Duval