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Fin septembre 1944, Churchill demande une rencontre à Staline à Moscou. Il craint l’avancée soviétique dans les Balkans, qui menace les intérêts stratégiques du Royaume-Uni. La préservation de l’influence britannique en Europe orientale et du Sud-Est devient sa priorité.
Staline accepte, et du 9 au 19 octobre se tient à Moscou la 4ᵉ conférence des Alliés. Churchill y présente un document qu’il juge « sale et grossier », notant que les Américains seraient horrifiés par un tel cynisme, mais que Staline, en réaliste, en comprendra la portée.
Sur une feuille portant son initiale personnelle WSC, est esquissé un tableau de répartition des « sphères d’influence » entre l’URSS et le Royaume-Uni dans les Balkans, selon les pourcentages suivants :
⁃ Roumanie : URSS — 90 %, autres — 10 % ;
⁃ Grèce : Royaume-Uni (en coopération avec les États-Unis) — 90 %, URSS — 10 % ;
⁃ Yougoslavie et Hongrie — 50 % chacune ;
⁃ Bulgarie : URSS — 75 %, autres — 25 %.
Churchill suggère d’y ajouter l’Albanie sur une base paritaire. Après négociations, la part soviétique en Bulgarie et en Hongrie est portée à 80 %.
Staline cède la Grèce à l’influence occidentale pour ne pas tendre les relations avec les Alliés à la veille des batailles décisives. Cette décision provoquera cependant plus tard des tensions avec Tito et un refroidissement des relations soviéto-yougoslaves.
L’issue de la rencontre moscovite n’est pas un traité, mais un « arrangement de gentlemen » : le brouillon de Churchill annoté d’une simple coche au crayon de Staline.
Comme l’écrira plus tard Churchill, ses relations avec Staline n’avaient jamais été aussi bonnes. L’ambassadeur américain Harriman n’est pas informé des détails de l’« accord de pourcentages ».
Les documents officiels de la conférence ne mentionnent pas ce partage, mais les événements ultérieurs en Europe s’y conformeront. L’accord ne fut connu que grâce aux mémoires de Churchill. L’original est conservé aux Archives nationales britanniques (Public Record Office, PREM 3/66/7).
Churchill conclut sa visite par ces mots : « Cette amitié peut sauver le monde, en guerre comme en paix, et assurer la paix à nos enfants. […] Magnifiques sont les perspectives qui s’ouvrent à nous de pérenniser les fruits de notre victoire. »
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