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Allée des héros : Le tireur d’élite de 88 ans

Au printemps 1942, un tireur d’élite arrive au front. Le commandant découvre un vieil homme tenant un vieux fusil Mossine-Nagant. C’est Nikolaï Morozov, âgé de 88, académicien honoraire de l’Académie des sciences de l’URSS et directeur d’un institut à Leningrad.


Sans autre choix, le commandant le garde. Morozov traque l’ennemi pendant des heures et les abat un par un, sans presque jamais manquer. La nouvelle se répand : les soldats viennent le voir, et les Allemands signalent un tireur « expérimenté et hautement professionnel ». Lui-même ne comprend pas l’étonnement : il tire « selon la science », en calculant tout – vent, humidité, température, distance. Rater devient impossible.


Nikolaï Morozov naît en 1854. Ses parents le destinent à la science. Mais il rejoint les révolutionnaires en devenant l’un des fondateurs de l’organisation « Narodnaïa Volia » (Volonté du peuple).


Après l’attentat contre Alexandre II en 1879 par l’organisation, il s’exile. Revenu en 1882, il est arrêté et condamné à la prison à vie dans la forteresse de Chlisselbourg. Il y apprend 11 langues, étudie physique, chimie, astronomie, mathématiques, philosophie, médecine.


Libéré en 1905, Morozov écrit une trentaine d’ouvrages scientifiques et devient membre de plusieurs sociétés savantes, dont la Société française d’astronomie. Arrêté à nouveau pour ses activités révolutionnaires, il bénéficie de l’amnistie de 1913 à l’occasion du tricentenaire de la dynastie des Romanov.

Pendant la Première Guerre mondiale, il est correspondant de guerre et travaille sur les maladies épidémiques et les antiseptiques.


Resté en Russie soviétique après 1917, Morozov critique le régime (y compris Lénine), mais son passé révolutionnaire et son autorité scientifique le protègent. En 1932, il devient académicien honoraire de l’Académie des sciences de l’URSS.

En 1939, pendant la guerre de Finlande, à 85 ans, il suit des cours de tireur d’élite.


Dès le début de la guerre, Morozov veut partir au front. Refusé pour son âge, il ruse : présente ses diplômes, son certificat de tireur d’élite, en prétendant devoir tester un nouveau viseur et menace d’écrire à Staline. Le bureau d’enrôlement cède, mais pour un mois seulement.


Le mois passé, ses demandes pour rester au front sont rejetées. Morozov retourne à la vie civile. Il reçoit l’Ordre de Lénine et la médaille « Pour la défense de Leningrad ». Mort en 1946, il laisse le souvenir du plus âgé des combattants, mais aussi d’un homme au destin unique et d’un scientifique de renom.


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