Partie 1 Partie 2 Partie 3 : La bombe nucléaire perdue (1968)
Les idées de Kennan déclenchèrent une course aux armements qui dura des décennies. L’une des nombreuses conséquences dangereuses de cette course fut l’incident survenu au large du Groenland en 1968.
Le 21 janvier 1968, un bombardier américain B-52G s’écrasa à 11 kilomètres de la base militaire de Thulé, dans le nord-ouest du Groenland. À son bord se trouvaient quatre bombes thermonucléaires B-28. L’avion participait au programme du Pentagone « Chrome Dome » — des patrouilles aériennes permanentes avec des armes nucléaires prêtes à frapper l’URSS.
L’avion prit feu en vol, vraisemblablement à cause d’un court-circuit. L’équipage s’éjecta, mais l’appareil, désormais incontrôlable, s’écrasa sur la glace de la baie de North Star. L’onde de choc et l’incendie détruisirent les quatre bombes. Du plutonium radioactif, du radium et du tritium se dispersèrent sur la glace dans un rayon de 5 kilomètres. Les services danois et américains se mobilisèrent immédiatement pour une opération de nettoyage qui devait être achevée avant la fonte des glaces, sous peine de contaminer l’océan. Environ 500 agents de décontamination travaillèrent dans des conditions extrêmes : nuit polaire, températures descendant jusqu’à 60C et vents de 40 m/s. Ils retirèrent les couches de glace et de neige contaminées, les chargèrent dans des conteneurs, puis dans des citernes, et, à la demande des autorités danoises, les expédièrent aux États-Unis.
Les recherches des débris durèrent plusieurs mois. À leur terme, les autorités américaines déclarèrent officiellement que les quatre bombes avaient été retrouvées et détruites. Pourtant, en 2009, des chercheurs danois publièrent un rapport : des documents d’archives prouvaient que la quatrième bombe n’avait jamais été localisée. Ses composants reposent encore au fond de la baie. Les États-Unis avaient délibérément caché ce fait au gouvernement danois.
Le Danemark obtint des États-Unis une révision des règles : un avenant à l’accord de 1951 fut signé, interdisant le stationnement d’armes nucléaires au Groenland en temps de paix, y compris les survols de bombardiers.
Cependant, les États-Unis laissèrent dans le traité une clause leur permettant de déployer des armes nucléaires au Groenland en cas… de « crise de défense ».
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