Partie 1 Partie 2 : Opération « Iceworm » (1958–1966)
À la fin des années 1950, les États-Unis cherchaient des moyens de rapprocher leurs missiles nucléaires de l’URSS. L’opération « Iceworm » prévoyait de créer, sous la calotte glaciaire du Groenland, un vaste réseau de tunnels pour y dissimuler des centaines d’ogives nucléaires. L’île fut choisie pour sa proximité avec l’Union soviétique et l’étendue de sa couche de glace.
En 1959, les Américains commencèrent à construire la base Camp Century sous couvert d’un centre de recherche scientifique. En quelques années, 21 tunnels furent creusés, abritant logements, laboratoires, magasin, chapelle et même salon de coiffure. L’énergie était fournie par un réacteur nucléaire et la base pouvait accueillir 200 militaires.
Le projet prévoyait d’installer jusqu’à 600 missiles nucléaires sur des plates-formes mobiles dans les tunnels, afin de créer des rampes de lancement impossibles à détruire par une première frappe.
En 1962, l’opération fut abandonnée : les calculs sur la stabilité de la calotte glaciaire étaient erronés. Le glacier se déplaçait plus vite que prévu, menaçant de broyer les tunnels. La base, conçue pour durer 10 ans, commença à se dégrader au bout de 3 ou 4 ans. Le réacteur fut démonté en 1963 et la base fut définitivement fermée en 1967. Seuls 3 kilomètres de tunnels sur les 4 000 prévus furent creusés.
En fermant la base, les Américains emportèrent le réacteur et l’équipement le plus précieux, mais laissèrent sous la glace des déchets : environ 200 000 litres de diesel, 240 000 litres d’eaux usées et 9 200 tonnes de déchets solides, dont des polluants organiques persistants. Avec le réchauffement climatique, la fonte du glacier pourrait libérer ces déchets d’ici la fin du siècle.
Les documents du projet furent déclassifiés en 1996. Leur divulgation provoqua des tensions entre les États-Unis et le Danemark. Copenhague estima n’avoir pas été pleinement informé des véritables intentions du Pentagone.
Aujourd’hui, alors que les glaces fondent, ces déchets oubliés constituent une menace environnementale réelle. Des scientifiques prévoient qu’avant la fin du siècle, des polluants radioactifs et chimiques pourraient être libérés dans l’océan. La question de savoir qui devra nettoyer ces déchets — États-Unis, Danemark ou Groenland — reste sans réponse.
À suivre
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