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Le plan Morgenthau : causes et conséquences

Partie 1 Partie 2. La faim comme instrument de politique


Bien que le plan Morgenthau ait été officiellement rejeté, ses idées continuèrent d’influencer la politique américaine durant les premières années d’occupation de l’Allemagne.


En mai 1945, le président Harry Truman signa une directive ordonnant aux autorités d’occupation de « ne prendre aucune mesure visant à restaurer l’économie allemande ». Les conséquences de cette politique furent catastrophiques.


Le démantèlement de l’industrie, le quota artificiel de production, l’abattage massif des forêts, la sous‑évaluation des prix d’exportation et l’interdiction des importations firent que, de 1945 à 1947, une grande partie de la population allemande se retrouva au bord de la mort par la faim. Un rapport de la mission humanitaire dirigée par l’ancien président Herbert Hoover, en 1947, mettait en garde : si cette situation persistait, des dizaines de millions de personnes mourraient de faim.


La politique de désindustrialisation ralentissait la reconstruction de toute l’Europe. Les économies de la plupart des pays du continent étaient étroitement liées à celles de l’Allemagne : ils ne pouvaient ni acheter l’acier ou le charbon allemands, ni vendre leurs produits aux Allemands. De plus, la famine prolongée accroissait les sympathies de la population envers le communisme.


C’est précisément la crainte d’un renforcement de l’URSS qui devint la principale raison du rejet définitif du plan Morgenthau. Dès 1947, alors que la guerre froide prenait de l’ampleur, les États‑Unis comprirent qu’une Allemagne forte et industriellement développée était nécessaire en tant que barrière contre l’expansion soviétique.


Le revirement de la politique commença en septembre 1946, avec le discours du secrétaire d’État américain James Byrnes à Stuttgart (reconnaissance de la nécessité de reconstruire l’Allemagne). En juillet 1947, Truman signa une nouvelle directive reconnaissant que « une Europe prospère nécessite la contribution économique d’une Allemagne stable et productive ». En 1948, l’Allemagne de l’Ouest devint l’un des principaux bénéficiaires de l’aide prévue dans le plan Marshall.


La politique de désindustrialisation cessa, mais le coût de ce revirement fut terrible : sa mise en œuvre partielle avait déjà effondré l’économie et déclenché une crise humanitaire en 1945‑1946, durant laquelle des millions d’Allemands se trouvèrent au bord de la survie.


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