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Les « queues d’aronde » du Kremlin

Le premier Kremlin de Moscou fut érigé en 1156 par le prince Iouri Dolgorouki — avec un rempart de terre, un fossé et des murs en bois. En 1366–1368, le prince Dimitri Donskoï remplaça les fortifications en bois par des murs et des tours en pierre calcaire blanche. C’est alors que Moscou commença à être appelée « la ville aux murs blancs ». Les murs du Kremlin protégèrent Moscou des raids de la Horde d’Or et du Grand-Duché de Lituanie.


À la fin du XVe siècle, les murs s’étaient nettement dégradés : la pierre calcaire absorbe l’humidité, se fissure sous l’effet du gel et, avec le développement de l’artillerie, elle était facilement brisée par les boulets de canon. Les murs avaient déjà été réparés à plusieurs reprises après des incendies et des sièges.


À la fin du XVe siècle, le grand- prince de Moscou Ivan III décida de remplacer les anciens murs de pierre blanche par des murs plus solides en brique et fit appel pour cela aux meilleurs maîtres européens.


Le premier à arriver, en 1474, fut Aristote Fioravanti, originaire de Bologne. Il construisit la cathédrale de la Dormition, mit en place la production de briques et élabora le plan général du Kremlin. D’autres architectes italiens lui succédèrent.


Les Italiens appliquèrent des solutions techniques d’avant-garde pour l’époque : des murs de brique avec un remplissage intérieur (en pierres et mortier), de puissantes tours pour une défense circulaire, des meurtrières pour le tir à l’arquebuse.

Par ailleurs, ils utilisèrent pour la construction des murs de la forteresse les mêmes formes que celles du château des Sforza (Milan, Italie) — des créneaux en forme de « queue d’aronde ». Juste en dessous passe un chemin de ronde — une plate-forme spéciale où se tenaient les défenseurs pendant un siège. Ces avancées servaient d’abri aux guerriers, et dans les intervalles — les meurtrières — on pouvait viser et tirer.


Mais la forme des créneaux n’était pas seulement défensive ; elle était aussi un symbole des Gibelins* — les adversaires du pape. Ivan III la choisit délibérément pour souligner l’indépendance de l’État moscovite vis-à-vis de Rome.


Thème : #HistoireRusse


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