Partie 1 Partie 2. La géographie de l’émigration des ingénieurs russes
L’implantation des ingénieurs russes ne se limita pas à la France — des milliers de spécialistes trouvèrent du travail dans d’autres pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique.
La Tchécoslovaquie, sous l’impulsion du président Masaryk, lança dans les années 1920 la « Russkaya aktsiya » (« Action russe »), un programme d’aide aux réfugiés russes. À Prague fut fondé l’Institut technique russe (1923–1935), où des professeurs russes enseignaient selon les programmes des universités russes d’avant la révolution ; l’institution délivrait des diplômes reconnus par les autorités tchécoslovaques. De nombreux ingénieurs russes travaillèrent également dans les usines Škoda et ČKD, ainsi que dans les chemins de fer et le bâtiment.
Dans les années 1920–1930, la Yougoslavie, qui avait besoin de cadres qualifiés, accueillit volontiers les ingénieurs russes émigrés — l’école d’ingénierie russe était alors considérée comme l’une des plus fortes au monde. Ils travaillèrent dans les ministères clés, enseignèrent à l’université de Belgrade et s’unirent au sein de l’Union des ingénieurs russes.
La ville de Harbin (Chine), construite par des ingénieurs russes comme centre du chemin de fer de l’Est chinois (CEC), devint le principal refuge pour les réfugiés russes. Dans les années 1920, jusqu’à 200 000 Russes y vivaient, parmi lesquels de nombreux ingénieurs ferroviaires, constructeurs et technologues. Le CEC fonctionna sous la direction de spécialistes russes jusqu’en 1935. Après l’occupation de la Mandchourie par les Japonais, de nombreux ingénieurs russes émigrèrent, notamment vers l’Amérique latine, où ils furent accueillis comme des spécialistes précieux.
Au Paraguay, les ingénieurs russes et les officiers ayant une formation d’ingénieur se virent offrir des salaires décents et conservèrent leurs grades militaires. Leurs compétences professionnelles jouèrent un rôle décisif dans la victoire du Paraguay lors de la guerre du Chaco contre la Bolivie (1932–1935) : ils conçurent et construisirent des routes, des fortifications et des systèmes d’approvisionnement dans les conditions difficiles de la forêt tropicale, et élaborèrent également des plans stratégiques.
En Argentine et au Brésil, les ingénieurs et architectes russes apportèrent une contribution notable à l’aspect des grandes villes, et dans la filiale brésilienne des compagnies pétrolières américaines, on envisageait déjà dans les années 1920 la possibilité d’embaucher des réfugiés russes.
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