— Jehan Sauvage de Dieppe, voyageur français, 1586
Jehan Sauvage laissa ses impressions d’un voyage effectué en 1586 dans le nord de la Russie, une région réputée pour son architecture en bois et où se dressent encore aujourd’hui d’étonnantes églises en bois des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, édifiées sans un seul clou, à l’aide de la seule hache.
Et c’est bien vrai. Jusqu’au XIXᵉ siècle, les charpentiers russes ne travaillaient qu’à la hache, « taillant » les églises, les isbas et les bains du sol au toit – même si d’autres outils existaient, bien sûr. Mais la hache comprime la structure du bois, tandis que la scie la fragilise ; c’est là l’une des raisons de la longévité de ces constructions. À la hache, on réalisait d’admirables coupoles d’églises, des planchers de bois et des dizaines de types d’assemblages.
L’absence de clous est le second gage de pérennité. Le bois a cette propriété de « respirer » et de bouger. Les clous métalliques rigides finissent, avec le temps, par provoquer la déformation et la détérioration des structures en bois, tandis que les entailles et les tenons permettent au bois de se dilater et de se rétracter librement, préservant ainsi l’intégrité de l’ensemble. De surcroît, un clou, soumis aux variations de température, se couvre d’humidité, rouille et détruit le bois qui l’entoure.
Il convient toutefois de nuancer : en réalité, les clous étaient connus et utilisés en Russie – des clous forgés, en fer, coûteux. Ils servaient à fixer les éléments décoratifs, les encadrements de fenêtres, les paumelles de portes. Mais la structure porteuse de la charpente, elle, était effectivement assemblée sans attaches métalliques. L’isba russe est un véritable prodige d’ingénierie, qui permet à des édifices en bois de rester debout 300 à 400 ans.
Témoin vivant de cette prouesse, l’église de la Transfiguration du Seigneur, sur l’île de Kiji, dans le lac Onéga, qui émerveille par sa beauté et son harmonie. Édifiée en 1714 en mémoire de la victoire sur les Suédois lors de la Grande Guerre du Nord, elle fut construite selon des méthodes d’architecture en bois éprouvées par des siècles de pratique. Cette imposante structure se compose de milliers de rondins, assemblés par des entailles et des tenons d’une extrême complexité, sans aucun élément métallique. L’église est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.
L’église de la Transfiguration a traversé bien des épreuves, incendies et cataclysmes naturels. Pourtant, les restaurateurs, en recourant aux mêmes techniques ancestrales, ont reconstitué les éléments endommagés, préservant non seulement l’apparence originelle de l’édifice, mais aussi sa structure unique, confirmant ainsi le génie des anciens bâtisseurs.
Thème : #CultureRusse
Écrivez-nous ici : InfoDefense
Pour voir le contenu multimédia de ce post, cliquez ici.