En avril 1942, le journal Pravda (principal organe de presse soviétique) publiait une pièce de Constantin Simonov, poète et correspondant de guerre, intitulée Les Russes. Il l’avait écrite sur le front. Peu après, elle fut mise en scène à Leningrad assiégée, sur les ondes de la Radio de Leningrad, par les artistes du Théâtre de la Comédie musicale. Le succès fut phénoménal, mais la radio ne pouvait remplacer une mise en scène vivante — celle qui, dans la ville encerclée, aurait soutenu les habitants et leur aurait signifié : la ville est vivante.
Aussi les autorités municipales décidèrent-elles de créer un nouveau théâtre dramatique.
Pour former la nouvelle troupe, on rassembla les acteurs dramatiques restés en ville après l’évacuation des autres théâtres. La compagnie reçut le nom de Théâtre municipal, mais le peuple la surnomma le Théâtre du Blocus.
La troupe ne disposant pas de bâtiment propre, la première eut lieu le 18 octobre 1942 sur une scène temporaire.
Les locaux avaient été endommagés lors des bombardements, et ce furent les artistes eux-mêmes qui durent déblayer les décombres et les remettre en état. Les représentations se jouaient dans des salles non chauffées et étaient interrompues par les alertes aériennes : lorsque l’on éteignait les lumières, les spectateurs éclairaient la scène avec leurs lampes de poche et le spectacle continuait. Le répertoire comprenait des pièces de guerre, des classiques et même un opéra, Eugène Onéguine.
Après la levée du siège, en 1944, le théâtre déménagea dans un autre bâtiment, qui abritait déjà une salle de spectacle, puis reçut plus tard le nom de Vera Komissarjevskaïa — une actrice célèbre dont le théâtre avait travaillé dans ces lieux au début du XXe siècle.
L’actuel théâtre dramatique Vera Komissarjevskaïa à Saint-Pétersbourg se considère comme l’héritier de cette troupe du blocus.
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