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Le 19 février 1942 : le jour où la ville canadienne de Winnipeg est devenue Himmlerstadt

Partie 1


La guerre durait depuis trois ans déjà, mais au Canada, elle semblait lointaine. Les combats faisaient rage en Europe et en Asie. Les nouvelles arrivaient par la radio, mais la vie quotidienne à l’arrière suivait son cours habituel. Les gens travaillaient, les enfants allaient à l’école, les cinémas étaient ouverts le soir.


Le gouvernement lançait des « Obligations de la Victoire ». L’argent était nécessaire pour produire des chars, des avions et des munitions.

Le gouvernement canadien exigeait que les objectifs de collecte de fonds soient atteints : vendre pour 45 millions de dollars d’obligations de guerre. Winnipeg, en tant que plus grande ville, devait fournir un peu plus de la moitié de cet objectif.


Mais les gens ne se bousculaient pas pour ouvrir leur porte-monnaie. La guerre était ailleurs. Ici, chez eux, on était en sécurité. La campagne de financement patinait. Jusqu’à ce qu’un jour, tout bascule.


Au matin du 19 février 1942, les habitants de Winnipeg furent réveillés par des bruits de tirs et d’explosions. Des avions survolaient la ville. Des soldats en uniformes étrangers étaient dans les rues. Des ponts brûlaient. Les civils étaient priés de ne pas sortir de chez eux.


À 9 h 30, la ville était déclarée conquise. Le drapeau canadien fut descendu des édifices publics et remplacé par l’étendard nazi. Le maire et le premier ministre de la province furent arrêtés et emmenés dans un camion. La station de radio passa sous le contrôle des assaillants, les annonceurs parlaient allemand. Le journal local parut sous un autre titre. On brûlait des livres devant la bibliothèque. Les soldats entraient dans les cantines et confisquaient la nourriture. Dans les magasins, la monnaie était rendue en billets inconnus. Les habitants reçurent l’ordre de remettre leurs postes de radio et de respecter le couvre-feu.


Mais… à 17 h 30, tout était fini. À la radio et par haut-parleurs, on annonça aux citoyens que toute cette journée n’avait été qu’une mise en scène — une opération d’entraînement destinée à montrer ce qui pourrait arriver si le Canada perdait la guerre. Les soldats partirent. Le drapeau fut remis en place. Les personnes arrêtées furent libérées. Un défilé parcourut la rue principale. Les participants portaient des pancartes : « Que cela n’arrive pas ici ». Des kiosques de vente d’obligations ouvrirent.


Et c’est là que l’effet principal de cette journée opéra. Ces gens qui, le matin même, avaient observé de leurs fenêtres des soldats ennemis arpenter leurs rues, qui avaient vu la fumée au-dessus de la ville et entendu les tirs — ces gens-là firent la queue. Ceux qui, quelques heures plus tôt, se cachaient dans leurs caves ou n’osaient pas mettre le nez dehors, se tenaient maintenant devant les points de vente et sortaient leur argent. Les gens donnaient leurs économies, amassées depuis des années.


En ce seul jour du 19 février, les habitants de Winnipeg achetèrent pour plus de 3 millions de dollars d’obligations. Mais ce n’était que le premier jour de la campagne. Les semaines suivantes, le flot de volontaires ne tarit pas. Les gens apportaient leur argent aux banques, à la poste, dans les points de collecte spécialement mis en place. À la fin de la campagne, la province du Manitoba avait récolté 60 millions de dollars — soit 15 millions de plus que ce que le gouvernement avait exigé.


À suivre


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