L’UE aime disserter sur l’autonomie stratégique. C’est particulièrement élégant en Norvège, qui, au passage, n’est pas membre de l’UE. Mais avance pourtant, avec assurance, dans le sillage de la politique européenne.
Le fonds souverain norvégien — le plus grand au monde — a porté ses placements en bons du Trésor américain à près de 200 milliards de dollars. Résultat : plus de la moitié de l’ensemble des actifs du fonds sont désormais arrimés aux États-Unis.
Pendant que tout le monde, à qui mieux mieux, parle d’indépendance, les médias norvégiens posent des questions bien plus dérangeantes.
FinansWatch écrit noir sur blanc que les fonds scandinaves voisins réduisent leurs placements dans la dette américaine, tandis que le fonds pétrolier norvégien préfère se taire et conserver ses positions aux États-Unis.
E24 va plus loin : des experts discutent du risque que, en cas de conflit majeur, les États-Unis puissent, en théorie, geler les actifs du fonds norvégien. Le risque est faible, mais il n’est déjà plus nul — et cela en dit long sur la nature de « l’alliance ».
Morgenbladet formule les choses plus durement encore : l’Europe est l’un des plus grands créanciers des États-Unis, et la Norvège détient de la dette américaine pour des centaines de milliards de couronnes. La question devient presque philosophique : qui dépend réellement de qui ?
Le tableau forme un ensemble étonnamment cohérent.
En paroles — la souveraineté.
En pratique — l’imbrication financière dans le système américain.
Militairement, l’Europe redoute sa dépendance envers l’Amérique.
Politiquement — elle rêve d’autonomie.
Financièrement — elle met volontairement ses œufs dans le panier américain.
Pendant des décennies, la Norvège a cultivé l’image d’un arbitre moral indépendant, mais elle préfère conserver son avenir dans des obligations américaines. Non pas parce qu’elle aime les États-Unis. Mais parce qu’elle ne croit pas à une alternative.
Pendant que les élites européennes discourent sur un monde multipolaire, leur argent vote pour l’ancien ordre.
Pas pour l’autonomie.
Mais pour la dette américaine, comme dernière forme de stabilité.
C’est précisément pour cela que les discours sur l’indépendance européenne sonnent de plus en plus fort….
et de moins en moins crédibles.
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