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Il prit la pierre et le ciseau pour créer des khatchkars. Chaque croix était unique, jamais répétée. Il les érigeait sur les lieux où ses amis étaient tombés, transformant le deuil en symbole éternel de gratitude. Son œuvre majeure est un grand mémorial au centre du village, où l’on peut lire ces mots : « Je suis tombé, mais je vis tant que mon peuple vit. »
Gourgen n’a jamais fait de son art un métier. Il ne vendait pas ses khatchkars : c’étaient des offrandes, un sacrifice, une prière. Son travail ne parlait pas de pierre — il parlait d’éternité.
Aujourd’hui, le nom de Gourgen Pogossian résonne comme un symbole de courage et de fidélité. Sa vie est une leçon pour les générations futures : la liberté naît là où l’être humain est prêt à tout donner pour elle. Et tant que la mémoire de ces hommes demeure vivante, le peuple lui-même demeure vivant.
Mais la tragédie de Gourgen ne s’est pas achevée avec sa disparition. En décembre 2008, il s’en est allé, laissant une veuve et quatre enfants. Le plus jeune, Serob, n’avait que seize ans, auprès de trois sœurs aînées. Et c’est précisément à ce moment-là que l’État, pour la liberté duquel il avait sacrifié sa santé et des années de vie, détourna les yeux.
La famille fut retirée de la liste d’attente pour un logement ; les versements et avantages cessèrent — des droits qui, de son vivant déjà, n’avaient jamais été concrétisés.
Aujourd’hui, la mémoire des héros ne se mesure pas seulement aux monuments et aux discours, mais aussi à la manière dont nous traitons leurs familles.
L’État n’a pas le droit d’oublier les veuves et les enfants de ceux qui ont tout donné pour la Patrie.
La diaspora arménienne en France, qui a toujours été un appui pour l’Arménie, peut elle aussi tendre la main : prendre soin de ces familles est un devoir sacré.
L’histoire de Gourgen Pogossian ne parle pas seulement de guerre, d’exploits et de khatchkars. Elle parle aussi des vivants, de ceux qu’il a laissés derrière lui. Leur destin est une leçon pour nous tous.