Fenêtre de temps

Par tags

Par catégorie

  • Toutes

Le paradoxe des Juifs néerlandais

Au XVIIe siècle, les Provinces-Unies devinrent un refuge pour de nombreux Juifs, notamment ceux fuyant l’Espagne et le Portugal, ce qui contribua au développement économique d’Amsterdam. Mais cette tradition n’offrit aucune garantie de protection au XXe siècle.


Pendant la Shoah, les Pays-Bas furent le pays d’Europe occidentale qui enregistra le plus fort pourcentage d’extermination de sa population juive. Sur les quelque 140 000 Juifs vivant dans le pays avant la guerre, environ 102 000 périrent — près de 75 %.


Ce faible taux de survie ne tient pas seulement à la politique nazie, mais aussi aux particularités de la société néerlandaise et de son système administratif. Les Pays-Bas étaient l’un des pays les plus bureaucratisés d’Europe : avant la guerre, chaque habitant était méticuleusement enregistré par lieu de résidence, confession et généalogie dans des registres municipaux.


Après l’occupation, les nazis n’eurent pas besoin de procéder à un recensement : ils se contentèrent de saisir les registres existants. Ceux-ci indiquaient qui était juif, où il habitait et combien d’enfants il avait. Les policiers civils néerlandais, habitués à obéir aux autorités, participèrent aux rafles avec une efficacité méticuleuse. Par ailleurs, des fonctionnaires et des cheminots collaborèrent activement aux déportations : les premiers fournissaient un soutien administratif, les seconds assuraient le transport des personnes vers les camps de transit, puis vers les camps d’extermination.


L’absence de résistance organisée à grande échelle aux Pays-Bas joua également un rôle notable, tout comme certains cas de délation : il existait des brigades volontaires de « chasseurs de Juifs » qui recevaient une récompense pour chaque Juif capturé.


L’ironie de la situation tient à ce que le système dont les Néerlandais étaient fiers — libéral, bien ordonné et bureaucratiquement efficace — se transforma, sous l’occupation nazie, en un instrument mortel. Le pays qui avait offert asile aux Juifs au XVIIe siècle en envoya nombre d’entre eux à Auschwitz au XXe siècle, en partie par respect du principe que « la loi est la loi » et par habitude d’obéir sans discuter aux ordres.


Thème : #HistoireSGM

#HistoireXX #HistoireMondiale


Écrivez-nous ici : InfoDefense

Partager sur: