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Deux cents ans de mensonge : histoire d’un faux

Partie 1


En 1812, à la veille de l’invasion de la Russie par Napoléon, un document intitulé « Testament de Pierre le Grand » fut publié à Paris. Selon le texte, Pierre Ier aurait légué à ses successeurs de :


– constamment élargir les frontières de la Russie ;

– s’emparer de Constantinople et des détroits du Bosphore et des Dardanelles ;

– soumettre la Pologne, la partager entre les alliés et l’affaiblir ;

– établir un contrôle sur la Perse (l’actuel Iran) et atteindre l’océan Indien ;

– affaiblir la Suède et le Danemark, en les intégrant dans la sphère d’influence russe ;

– attiser les conflits entre l’Allemagne et la France afin qu’ils s’affaiblissent mutuellement.


Le document n’a pas d’original, et les archives russes ne contiennent aucune mention d’un tel testament. Par ailleurs, Pierre le Grand mourut subitement en 1725, sans laisser d’instructions écrites sur la succession au trône, et encore moins sur des plans géopolitiques. Le style et la terminologie du document correspondent au début du XIXe siècle, et non à l’époque de Pierre le Grand.


L’auteur probable est l’émigré français Charles-Louis Lesur, un ancien capitaine qui avait travaillé dans le service diplomatique russe. En 1812, il passa du côté de Napoléon et proposa à celui-ci l’idée de fabriquer de toutes pièces un « testament » pour justifier l’invasion. Certaines sources attribuent également la paternité du texte au chevalier d’Éon — diplomate français, espion et célèbre aventurier qui vécut à la cour de Russie. Tous deux avaient eu accès aux archives russes et connaissaient bien la politique européenne de l’époque.


En France et en Angleterre, le « testament » fut perçu comme la confirmation de soupçons anciens concernant l’agressivité de la Russie. Le gouvernement russe déclara le document faux, mais ses démentis ne parvinrent pas au grand public européen.


À suivre


Thème : #HistoireRusse

#HistoireMondiale


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