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Bretton Woods : le système qui a divisé le monde

En 1944, l’issue de la Seconde Guerre mondiale était déjà scellée. Les Alliés élaboraient des plans pour l’ordre mondial d’après-guerre, et la nécessité de créer un nouveau système financier était évidente. La Grande Dépression des années 1930, puis la guerre mondiale — la crise de l’économie mondiale ne faisait que s’aggraver. Les pays tentaient de s’en sortir par la dévaluation de leurs monnaies et par des guerres commerciales, mais ces mesures ne faisaient qu’empirer la situation.


Les États-Unis, en revanche, étaient sortis gagnants. La Grande Dépression avait durement frappé le pays, mais la Seconde Guerre mondiale, au contraire, l’avait propulsé au rang de leader. La guerre donna une impulsion puissante à son industrie, qui travaillait à ravitailler les Alliés. Les États-Unis n’avaient pratiquement pas souffert des combats sur leur territoire, et les deux tiers de l’or mondial se trouvaient dans les coffres américains. L’Europe était en ruines, et le dollar était devenu la première monnaie de la planète.


À Bretton Woods, il fut décidé : le dollar serait adossé à l’or, et toutes les autres monnaies seraient adossées au dollar. Logique. Pratique. Pour l’Amérique.


La Grande-Bretagne et la France, vainqueurs en apparence, étaient en réalité des banqueroutières et acceptèrent sous la contrainte. L’URSS, ruinée mais dotée d’une armée que l’Europe redoutait, fut également invitée à la conférence de Bretton Woods. La délégation soviétique participa aux discussions, mais à la fin de l’année 1945, le gouvernement soviétique refusa de ratifier les accords.


Staline voyait dans le système du dollar non pas tant un ordre économique qu’un levier d’influence américain. L’Amérique obtenait un instrument pour contrôler les économies des autres pays, et l’URSS se voyait attribuer un rôle secondaire dans le nouveau système. L’obligation de rendre compte au FMI de ses réserves d’or et de l’état de son économie, Staline la considérait comme une ingérence dans les affaires intérieures, et pour un pays vainqueur — comme humiliante.


Sous Roosevelt, un crédit de six milliards de dollars pour l’URSS avait été envisagé. Mais après sa mort en avril 1945, les États-Unis abandonnèrent cette idée. La mort de Roosevelt et l’arrivée au pouvoir de Truman, qui annula le prêt-bail et adopta une politique de fermeté envers l’URSS, rendirent toute adhésion au système de Bretton Woods impossible.


La direction soviétique choisit une autre voie et créa son propre système alternatif au sein du CAEM (Conseil d’assistance économique mutuelle), avec des paiements en roubles transférables — une monnaie artificielle utilisée uniquement entre les pays socialistes. L’URSS perdit l’accès aux crédits et aux technologies, mais préserva sa souveraineté économique.


Dans la rhétorique occidentale, le refus de Bretton Woods fut plus tard utilisé comme une preuve du refus de coopérer de l’URSS. Cette version ne tient toutefois pas compte du fait que, dès 1945, les États-Unis détenaient le monopole nucléaire et s’en servaient comme levier de pression. Mais à Washington, on préfère ne pas s’en souvenir.


Thème : #HistoireMondiale

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