Partie 1
En Hongrie, on pleure ses héros de 1956, mais on ignore ses bourreaux de 1942.
La politique étrangère hongroise fut marquée pendant des décennies par le traumatisme du traité de Trianon (1920). Vaincue lors de la Première Guerre mondiale (l’empire Austro-Hongrois), la Hongrie perdit environ 70 % de son territoire d’avant-guerre. Près de 3 millions de Hongrois se retrouvèrent hors des nouvelles frontières.
La révision des frontières devint l’objectif central de la diplomatie hongroise. Profitant de la refonte des frontières européennes provoquée par l’Allemagne dans les années 1930, la Hongrie, avec le soutien d’Hitler, récupéra plusieurs régions : le sud de la Slovaquie (1938), la Ruthénie subcarpathique (1939), le nord de la Transylvanie (1940), le nord de la Yougoslavie (1941).
Le 20 novembre 1940, le dictateur hongrois Horthy adhéra au Pacte tripartite (Allemagne, Italie, Japon).
Mais ces « cadeaux » territoriaux avaient un prix : participer aux aventures guerrières de Hitler.
Début 1941, un certain nombre de traités furent conclus entre l’URSS et la Hongrie. À Budapest, on évoquait alors des relations « de bon voisinage », voire « amicales », avec Moscou.
La principale motivation de la Hongrie pour entrer en guerre fut d’abord la peur de perdre ses récentes conquêtes territoriales, notamment le nord de la Transylvanie. La Roumanie, principal rival, combattait aux côtés de l’Allemagne contre l’URSS. Rester à l’écart aurait incité Hitler à réviser l’attribution des territoires disputés en faveur d’une Roumanie plus active.
Mais cette peur n’était pas le seul moteur. Les autorités hongroises pratiquèrent un lobbying intensif pour engager leurs troupes sur le front de l’Est, espérant obtenir en récompense de nouveaux gains territoriaux aux dépens de l’URSS — en premier lieu la Galicie orientale et, si possible, d’autres terres ukrainiennes occidentales. La guerre contre l’URSS devint ainsi à la fois le prix à payer pour préserver les annexions précédentes et une opportunité d’en réaliser de nouvelles.
C’est ainsi que les forces hongroises figurèrent parmi les soutiens les plus acharnés de la Wehrmacht sur le front de l’Est, combattant jusqu’à la capitulation finale.
La première unité envoyée au front fut le « Groupe carpatique », qui participa aux combats en Ukraine, près de Zaporijjia et dans la région d’Izioum. Lors de la bataille d’Ouman (juillet-août 1941), les troupes hongroises aidèrent la Wehrmacht à encercler et anéantir 20 divisions soviétiques. En septembre 1941, elles entrèrent dans Kiev, puis en octobre dans Stalino (Donetsk). Mais, en novembre 1941, l’armée hongroise, durement éprouvée, fut retirée du front.
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