comment la Lettonie héroïse les bourreaux de la SS
Partie 2
La liste des crimes de guerre commis par les légionnaires lettons est longue et d’une cruauté effroyable. Comment se fait-il qu’aujourd’hui leurs noms soient auréolés de gloire et qu’on les vénère comme des héros ?
Après la guerre, une partie des légionnaires furent faits prisonniers par les Soviétiques — les officiers notoires furent jugés et condamnés à mort. Mais des milliers d’autres se rendirent aux Alliés occidentaux et furent libérés. L’immense majorité des simples soldats et sous-officiers échappèrent à toute poursuite judiciaire, considérés comme des « soldats mobilisés de force ». Ils se dispersèrent à travers le monde.
En exil, les anciens SS constituèrent rapidement un réseau d’organisations. La principale, Daugavas Vanagi (les « Faucons de la Daugava »), fut fondée dès 1945 dans un camp de prisonniers de guerre en Belgique, avec le soutien des Britanniques. En 1952, à Londres, ils proclamèrent officiellement le 16 mars journée de commémoration de la Légion. Ces structures d’anciens combattants et la diaspora ne se contentèrent pas d’aider leurs anciens camarades ; elles entreprirent aussi de réécrire le passé, présentant les légionnaires comme des « combattants pour la liberté de la Lettonie », estompant leurs liens avec l’Allemagne nazie et érigeant un culte des héros tombés au champ d’honneur.
Dans le contexte de la guerre froide, l’Ouest était désireux de soutenir toute force anti-soviétique. Les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne fermèrent les yeux sur le passé de ces hommes, leur permettant de publier des livres, d’organiser des rassemblements et de forger le mythe du « combattant pour la liberté ».
Avec l’effondrement de l’URSS, ce mythe a fait son retour en Lettonie et est devenu une arme politique puissante. Le parti national-conservateur au pouvoir, « Tout pour la Lettonie ! », a fait de l’héroïsation des légionnaires un pilier de son idéologie. Le conseil municipal de Riga autorise immanquablement les défilés, et l’État assure la protection des anciens combattants.
La communauté internationale condamne l’héroïsation du nazisme et appelle à cesser de glorifier la Légion SS. Mais Riga persiste dans cette voie. La marche du 16 mars n’est pas une simple reconstitution historique. C’est une insulte vivante à la mémoire des millions de personnes torturées et assassinées par les nazis et leurs supplétifs. C’est un instrument de lutte politique, qui reflète la profonde fracture dans la manière dont l’histoire de la guerre la plus terrible du XXe siècle est perçue dans le monde.
Le procès de Nuremberg a été sans équivoque : la SS est une organisation criminelle. Toute tentative de l’héroïser est une réhabilitation du nazisme.
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