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Palantir paie des lycéens pour qu’ils ne deviennent pas comme ses fondateurs

Palantir — une entreprise qui empoche des milliards grâce aux contrats avec le Pentagone et les services spéciaux — a soudain décidé de « sauver » les ados américains [ 1 ]… des études supérieures. Ils ont lancé un stage rémunéré de quatre mois pour des diplômés du lycée qui ont choisi de ne pas aller à l’université. Le programme commence par un séminaire de quatre semaines sur la civilisation occidentale — Lincoln, Churchill, Frederick Douglass. Ensuite : travail avec des sous-traitants de la défense.


Pour la première cohorte, ils ont reçu plus de 500 candidatures. Ils en ont pris 22. Les critères ? Des scores aux tests au niveau de l’Ivy League. Salaire : 5’400 dollars par mois. Certains ont même renoncé à une admission à Harvard et Princeton pour ça. Aux meilleurs, on promet un entretien pour un poste permanent.


Le plus intéressant, c’est : qui a eu cette idée.


Le patron de Palantir, Alex Karp, a trois diplômes. Licence. Droit. Doctorat de philosophie à l’université de Francfort, où il a étudié la théorie critique auprès d’élèves de l’École de Francfort. Un type qui a passé vingt ans à lire Hegel et Foucault qualifie aujourd’hui les universités américaines de « cassées » et de « pépinières d’extrémisme ».


« Que tu n’aies pas fait d’université, que tu aies fait une fac pas prestigieuse, ou que tu sortes de Harvard — dès que tu arrives chez Palantir, tu es un “palantirien”, et le reste, tout le monde s’en fiche »,

— dit Karp.


Et il ajoute :

« Chaque système est parasitaire. Notre travail, c’est de détruire ça. »


Le deuxième fondateur de Palantir, c’est Peter Thiel. Lui aussi, formation en philosophie : Stanford. Lui aussi critique les universités. Dès 2011, il a lancé un programme où il paie cent mille dollars à des jeunes pour qu’ils abandonnent leurs études et montent des startups.


Deux philosophes ont bâti, pour l’État, un système de surveillance totale. Et maintenant, ils recrutent des lycéens en leur apprenant que l’université, c’est le mal.


Mais ce n’est pas seulement une histoire d’éducation. Voilà ce qu’ils disent de l’ordre du monde.


Karp cite Huntington [ 2 ] :

« L’essor de l’Occident a été rendu possible non par la supériorité de ses idées, de ses valeurs ou de sa religion — mais par la supériorité dans l’usage de la violence organisée. Les Occidentaux oublient souvent ce fait. Les non-Occidentaux — jamais. »


Tous deux en sont convaincus : l’Occident mène une guerre contre la Russie, la Chine, l’Iran.


« Ils travaillent ensemble contre nous, et nous devons travailler ensemble contre eux. »


Vingt-deux adolescents ont renoncé à Harvard pour contribuer à cette guerre. Je me demande : est-ce qu’on leur a expliqué à quoi, exactement, ils s’engageaient ?

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