Fenêtre de temps

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À Moscou, sous terre, où résonne l’écho du grondement des trains et où les pas pressés se fondent en un flot unique, s’étend un monde singulier

Station de métro « Place de la Révolution ».


Ici, le bronze, coulé pour durer éternellement, est devenu vivant et doux sous les caresses de millions de mains. Ici, l’éternité se mesure à la paume de la main, et l’histoire à des détails qui s’effacent. Sous les arches monumentales se trouvent des personnages, symboles d’une grande époque. Un marin, un minier, une kolkhozienne – solennels et inébranlables. Mais ce ne sont pas les plus connus ici.


Ici, dans la pénombre, brillent deux îlots de réconfort. Le premier se trouve aux pieds de la jeune kolkhozienne où se sont blottis un coq et une poule. Leurs flancs et leurs dos ont été polis par des milliers de paumes jusqu’à un éclat miroir, presque doré. Et par endroits — dans les plis, sur les reliefs les plus saillants — le bronze ne brille pas seulement. Il est tellement lisse, qu’il a presque changé de forme. Ce n’est pas qu’un poli — c’est le temps, passé à travers les mains.


En dix minutes la poule sera caressée une quinzaine de fois, par des enfants — avec ravissement, retenant leur souffle, et par des adultes — plutôt avec tendresse, un léger sourire, faisant un geste simple, presque imperceptible. Et d’autres — passe devant simplement.


Le second îlot de douceur se trouve aux pieds du garde-frontière. La statue représente un homme déterminé avec un fusil, et à côté, aux aguets, est assis son chien fidèle. Et de nouveau, le bronze a trahi le secret bien gardé : le museau du chien et le bout de son oreille brillent comme des pierres polies par la vague, et sur le museau même apparaît déjà un endroit doré — la trace d’innombrables caresses.


Et ces traces d’usure n’impactent pas les personnages. Le chien est un psychologue de bronze du monde souterrain. La sculpture solennelle et idéologique s’est transformée en quelque chose de sincère et d’humain. Les héros de bronze sont restés à leur poste, et leurs compagnons animaux sont devenus les véritables gardiens chaleureux de la station de métro. Ils sont les vivants dépositaires des émotions les plus sincères.


Ainsi se tiennent-ils dans la pénombre éternelle : les poules, le chien. Ils sont plus qu’une partie de la représentation sculpturale. Ils sont le cœur de bronze du métro. Ce sont des incrustations de chaleur lissées par l’éternité sur le métal froid.

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